Le mythe de la convention AERAS.

Ou quand Bricolo et Bricolette font des projets. Ou encore l’art de choisir le bon moment.

Petite histoire du soir.

Nos vies sont des montagnes russes.

Il était une fois un 10 février quand nous signions une promesse de vente d’un terrain avec une jolie idée : construire nous même une grosse cabane au milieu des collines pour pouvoir y entasser à notre guise chiens, chats, poules, tomates, courges et moutons. Le cœur léger des jeunes premiers, il ne nous restait que les banques à visiter, une partie presque d’avance gagnée. Sur le papier, tout était joli-joli. Le notaire était tout sourire et le banquier nous avait tapé dans la main lors de la simulation, alors bon, comme sur des roulettes, qu’on s’était dit. Mignons-mignons que nous étions.

Et puis le 15 février, le diagnostic est tombé. Parenthèse d’anecdotes, il faut dire que nous étions en pleine semaine de la schkoumoune avec Bricolo. Entre la coupure de notre ligne téléphonique (donc de l’accès internet bien sûr) (qui dura des semaines entières), nos toilettes bouchées, les ergots canins arrachés et le suicide gallinacé (RIP Lucette, si tu nous écoutes), l’annonce du lymphome n’était qu’une apogée.

La fleur au fusil encore bien là mais déjà un peu flétrie, nous commencions donc le tour des banquiers, qui d’emblée ont aimé notre budget maitrisé, notre projet pas démesuré, nos rêves minimalistes (non pas de piscine, non non pas de suite parentale, non non pas de grandes baies vitrées, non non pas de chambre avec lit à baldaquins ou autres galerie des glaces).

Et puis, le questionnaire de santé.

Et puis, le questionnaire de santé…

Je laisse ses mots volontairement résonner tant ce bout de papier a failli tout péricliter.

Autant vous dire que l’écart de la norme est très mal supportée par nos amis les financiers. Certains nous ont expliqué qu’une simple variation de poids avait justifié des mois d’attentes et de questionnaires complémentaires, alors moi et mon Hodgkin, on ouvrait la porte à toutes les fenêtres.

Tendre banquier quand je lui ai dit, « euuh, on vient de me diagnostiquer une maladie de Hodgkin… » qui me répondit « aaah bah c’est pas grave, c’est pas comme si c’était un cancer ! »

Oui, alors, justement…

Justement, j’ai un cancer mais ce n’est pas si grave, comme je suis en bonne santé, en quelques mois ce sera plié et je retournerai travailler. En plus, j’ai une chance dingue, je suis fonctionnaire donc je vais continuer d’être payée, sur mon compte, mon arrêt, vous ne le verrez presque pas passer. Sauf qu’il était déjà trop tard, les cases étaient cochées, le disque déjà rayé.

Avoir l’ambition de faire des projets quand on a un cancer c’est chercher désespérément une assurance pour un prêt immobilier, scanner des papiers, expliquer cinquante fois son problème sur messageries vocales, découvrir le mythe que représente la convention Aeras qui facilite l’emprunt pour les personnes EN REMISSION OU SANS TRAITEMENT DEPUIS PLUSIEURS ANNEES mais pas en cours de traitement (merci Madame mais non, revenez plus tard, on vous assurera avec plaisir… en 2023), faire moult visites chez le généraliste pour remplir des questionnaires semblables mais pas tout à fait donc y retourner, et encore y retourner, et encore y retourner… Avoir le cœur serré en ouvrant chaque courrier, entendre des bons conseils, papoter testament à 26 ans, avoir le moral en dents de scie, y croire parfois parce que cette fois c’est la bonne « oui, on a assuré quelqu’un dans votre cas » et puis finalement non, alors rechuter.

 

On a tenu bon. J’ai tenu bon. Parce que je culpabilisais d’avance. D’être la responsable du projet qui coule, d’avoir moi-même percé la coque d’un navire qui tenait pourtant si bien les flots avec mon cancer et mes chimios. Beaucoup m’ont dit que je n’y étais pour rien mais comment ne pas s’auto-flageller en telle situation ?

Bricolo a tenu bon lui aussi, n’a pas perdu la foi en notre projet, continuer les dessins, continuer d’espérer et sa maison de visualiser, même si au fur et à mesure les espoirs s’amenuisaient, quand même l’énergique courtier s’est avoué dans une impasse, quand on m’a expliqué de manière aberrante qu’avec le Sida ça aurait été plus simple ou quand l’administratif a failli nous perdre. Pour confidence, je crois que ça a été une manière inconsciente pour lui de moins penser à ma maladie et c’est très bien ainsi.

Après des mois de lutte contre le cancer et pour ce projet, nous avons vu une lumière, petite d’abord comme le bout d’un tunnel puis plus grande enfin. Le bouche à oreille, l’ami d’un cousin, un banquier un peu plus humain, enfin un geste, un sourire, une main, on nous a fait confiance et validé mon assurance, dégotée dans un petit coin, loin de mon chez moi, ailleurs en France, elle aussi sortie d’une discussion autour d’un Saint Emilion.

L’oasis, en plein désert.

L’orée du bois sombre.

Une signature griffonée avec un poids sans commune mesure, pas d’explosions de joie (la prudence mes amis, la prudence) mais des regards entendus d’être, enfin, arrivés à destination voulue.

Tenir bon dans la tourmente.

Toujours.

Dans notre tempête, on aura appris à rester droit dans nos bottes, à mesurer notre chance tout en remerciant notre ténacité. Désormais, je peux accompagner toutes personnes désireuses d’un tel rêve, les encourager, parce que je sais que c’est possible, je crois en un cercle vertueux et à la loi de l’attractivité.

On ne peut choisir ce qui nous arrive, mais on peut choisir notre manière de le vivre.

Ne lâchez rien.

Croyez en vos projets, en vos idées.

Croyez en vous, vous pouvez y arriver.

4 réflexions sur “Le mythe de la convention AERAS.

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