Fable du soir, bonsoir #1

J’ai toujours aimé les contes du soir. Lus par mes parents, blottie contre ma frangine quand nous étions toutes petites, les bibliothèques roses et vertes ensuite, les J’ai lu, les Nina, les dernières pages d’Astrapi puis en grandissant les romans réalistes, d’aventure ou fantastiques et aujourd’hui toutes les pages possibles, des rayons enfants des librairies aux plus sérieuses ayant reçues un prix. Les mots caressent mon syndrôme vespéral et m’aident à m’endormir.

J’entame donc une petite série du soir ici, en vous partageant de petites histoires courtes qui me parlent, me font partir, à lire à la tombée de la nuit, au soi grand ou encore petit, j’espère que ça vous plaira.

Belle soirée à vous,

Aurélie.

Un vieil homme veut apprendre à son petit-fils ce qu’est la vie.

« En chacun de nous, il y a un combat intérieur » dit-il au jeune garçon. « C’est un combat jusqu’à la mort et il se tient entre deux loups. »

« Le premier est ténébreux. Il est la colère, l’envie, le chagrin, le regret, l’avidité, l’arrogance, l’apitoiement sur soi-même, la culpabilité, le ressentiment, l’infériorité, la supériorité, les mensonges, la fausse fierté et l’égo. »

« Le second est lumineux. Il est la joie, la paix, l’amour, l’espoir, la sérénité, l’humilité, la gentillesse, la bienveillance, l’empathie, la générosité, la vérité, la compassion et la foi. »

Le petit-fils réfléchit pendant un long moment. Puis, il demande à son grand-père : « Quel est le loup qui gagne ? »

Le vieil homme sourit et lui répond : « Celui que tu nourris. »

Birthday

 

C’était il y a un an.
Il y a un an, je franchissais les portes (du pénitencieeeeer) du bloc pour le PAC et depuis, comme sur un radeau, la vie m’a un peu brinquebalée.
J’aurais appris, encore un peu plus, à tenir bon.
A garder le sourire en pataugeant dans les emmerdes.
A relativiser.
Parce qu’objectivement, c’était chiant mais pas si pire (la Haute Savoie si tu m’écoutes).
J’ai la chance de pouvoir me dire, un an après que c’est fini.

Un an au ralenti, un an en accéléré.

Un an à apprendre…

A découvrir la vie, quand on sort du mouvement métro-boulot-dodo, à réaliser comme l’on est pas indispensable dans cette société alors comme il est indispensable de savoir se tourner vers soi, à ne pas vouloir réussir dans LA vie mais bien dans SA vie.
A changer d’angle de vue.
A tester des trucs anodins, ridicules et trouver ça important.
A rendre le petit plus grand.

A ne pas aimer, à s’en donner le droit.
A râler parfois.
A ne pas être le patient parfait.
A savoir qu’on ne sera plus jamais le même soignant.
A s’autoriser à chialer dans les bras de quelqu’un.
A parler aussi de ce qu’il y a au fond, tout au fond.
A gagner en authenticité.

A cuisiner un peu mieux, à découvrir des goûts nouveaux, à tester la nausée et des litres de cafés.
A colorier des trucs sans autre sens que de remplir les journées vides, à dessiner, à écrire sur un cahier, à l’encre ou au clavier.
A commencer mes journées avec des postures de yoga et les finir en Savasana.
A ressortir l’appareil photo.
A courir, encore courir, à nager, à pédaler.
A ouvrir du courrier le coeur d’avance tout léger.
A lire des articles flippants de numérologie.
A errer dans le même parc tous les jours, avec un freesbee et une douce Naïa comme compagnie.
A découvrir des podcasts inspirants.
A lire de nouveaux magazines, de nouveaux auteurs, des blogs, des BD vers lesquelles je ne me serais pas tournée.
A être seule, à me suffire certains jours, à le dégueuler d’autres.
A retrouver les Autres, chers vous Autres et les aimer encore plus.

A partager avec vous mon auto-psychanalyse boiteuse.

A faire l’enfant avec des crayons.
A faire l’ado les jours de pluie.
A faire l’adulte avec des projets.
A faire la petite vieille à la tombée de la nuit.

Un an… Quel vertige, quel trois fois rien pour tout ça.
Quel prodigieux coup de pied au cul.
Quel appel à la légèreté et au plaisir.
Quel appel à la danse, au cri, au silence, à la vie…

Aurélie.

La puissance du désir

Préparer un projet, le méditer, le caresser, mettre en oeuvre des choses pour y arriver, toucher du bout des doigts ce qu’il y a à façonner, tout cela suffit parfois à combler l’envie de réalisation.

Le puissance du désir ou la joie des brouillons.

L’argile avant son passage au four.

L’entrainement avant la compétition, le spectacle, l’abandon.

Le cheminement avant le point de vue.

La mise en oeuvre avant les répétitions.

L’article sans publication.

Bien sûr, Sartre dirait que « ce sont nos actes qui déterminent ce que nous sommes » alors il semblerait que la pensée simple ou les projets tronqués n’aient pas de valeur s’ils ne sont pas jusqu’au-boutistes mais parfois, une simple projection dans l’imaginaire, suffit. De manière magique. Une ode aux rêveurs en somme.

 

 

 

 

Ne pas les voir depuis si longtemps m’a meurtri. Travailler la distance, la séparation, l’élasticité du cordon est pour moi un défi de tous les jours. Un vrai effort d’acceptation. Alors, j’ai sincèrement eu dans l’idée de faire la route, dans ma bicoque et avec mon portefeuille troué. J’ai appelé mon petit monde pour le prévenir de mon arrivée. L’excitation m’a stimulé, les sourires du téléphone m’ont apaisé, c’était tout doux et c’était bien. Le contre-temps qui a suivi ne fût qu’une frustration passagère, finalement facile à tolérer. Pour moi d’abord mais, en fait pour tout le monde aussi. C’était un rappel, c’est tout, un « je ne suis pas si loin » puisqu’à tout moment, il est possible de vous dire « je viens ».

 

 

 

 

Ne pas courir depuis si longtemps m’a coûté. Travailler mes faiblesses, mes incapacités, ne pas mener l’allure souhaitée sont pour moi des défis de tous les jours. Ici aussi, un vrai effort d’acceptation. Bien que j’ai sincèrement tout mis en oeuvre pour accrocher un nouveau dossard sur marathon, commencer un plan, réajuster ma nutrition, mon corps, dernier maître à bord a fait parlé un point d’acupuncture, m’a demandé du repos, encore un peu de repos, de prendre mon temps, encore et encore. Oui, on y va, mais ralentit, avance doucement, semble t-il me dire. Cette expression là, n’est plus si grave finalement. Elle me retourne plus le bide, malgré une digestion au départ difficile. Après coup, mon engagement tout entier dans ce projet qui n’ira finalement pas au bout m’a fait un bien fou. Me rêver en train de passer la ligne d’arrivée a suffit à me rappeler que j’en étais capable, et c’était bien plus puissant.

 

 

 

 

Des situations comme ça j’en ai des tas. Ce qui me frustrait d’emblée avant devient objet de construction. Du moins j’essaie de le transformer ainsi. J’apprends, chaque jour. Et je comprends comme faire des projets est important. Même s’ils ne vont pas au bout, je ne me culpabilise plus, ne me dévalorise plus non plus, j’apprécie simplement d’avoir pu me les imaginer.

Il paraît que d’un point de vue hormonal, préparer ses vacances génère plus de plaisir que le fait même de les vivre. C’est étrange n’est-ce pas ?

Alors usons de la visualisation, de voyages depuis un coussin de méditation. Sans en abuser car évidement, à tout projeter sans jamais rien réaliser, de sa vie, on passe à côté, on distend les relations, on perd le contact, on perd le sens, on perd le fil. De temps en temps tout de même, évidemment, foncer, se lancer, se jeter à l’eau. Mais ne pas trop se torturer d’une check-list qui ne sera jamais complètement cochée. Nous vivons dans un monde où tout semble accessible, avec pour preuve, les rêves des autres dans le creux de nos mains. Nous baladons nos doigts sur cet écran si pernicieux à nous montrer en permanence les autres. Parfois c’est inspirant, souvent ça inhibe, nous confronte à notre existence plus modeste, plus simplifiée que l’ensemble du fil d’actualité.

Éteignons tout, de temps en temps, fermons les yeux, laissons nous aller, partir, dériver, rêvons nous grand, au premier rôle, acceptons ce que nous souhaitons être, et incarnons le. Du baume au cœur de s’être vu ainsi. Ce rêve si bien mentalisé, commence déjà un peu à exister. La prochaine étape, peut-être, un jour, c’est qu’on se l’autorise pour qu’il se réalise.

La puissance du désir oui, ou quand l’idée simple du possible suffit.

En pointillés.

Je n’ai pas vraiment disparue. J’ai mis cette interface en hibernation quelque temps, me suis fait marmotte des internet, j’ai quitté un Facebook où je ne me reconnaissais plus et perdais mon temps à lire un fil d’actualité qui ne me parlais plus.

Je me suis questionnée sur la pertinence de garder ce blog. Désormais guérie, pourquoi continuer d’écrire ?

Est ce que je suis encore légitime à publier des articles ?

Je prends le risque de répondre oui d’abord et puis d’envoyer cette question dans les roses ensuite. Cette question n’a pas lieu d’être. J’ai aimé vous raconter mon histoire pendant ma maladie, ma manière de la vivre, d’explorer ce monde en étant passer de l’autre côté, un soignante qui doit se soigner. J’ai relu plusieurs fois mes articles avant de les publier, pour qu’ils parlent au plus grand nombre au prix parfois d’une certaine spontanéité.

Aujourd’hui donc, pourquoi ne pas continuer d’écrire des histoires, pas forcément la mienne mais celle d’instants de nos vies, ou de vies que je croise ? Ecrire est ma « croissance post-traumatique » pour reprendre le terme si juste de Nassim Taleb. J’espère écrire de manière plus décomplexée, plus souvent, tant pis pour les fautes et les flops, l’aspect brouillon ou chiffonné. Mais continuer tout de même.

Je crois en la création. Pas seulement dans son aspect thérapeutique mais dans le sens qu’elle donne à nos vies. Qu’il s’agisse de faire des canevas ou des photos, produire des vidéos, travailler le bois, tricoter des écharpes ou faire des tiramisus. Elle est le sens de nos vies d’humains. Nous sort de l’ennui, nous rallume comme des ampoules, nous soustrait au temps, change notre angle de vue. Alors quand on saisit un petit bout de ce plaisir là, celui de faire quelque chose de ses petits doigts, je crois qu’il faut continuer d’en faire des petits nœuds et se laisser aller. Au moins un petit peu.

Ca a du sens pour vous aussi ? Vous êtes encore là ? Vous restez si je laisse le champion du Scrabble un peu de côté ?

Quelque soit votre écho, je vous embrasse,

Page blanche

Une page blanche, une nouvelle année. J’aime l’idée de 365 possibilités.

Pas d’angoisses, pas de peur du vide, juste une envie de vivre. A la fois intensément et doucement, en étant curieuse de tout et sans me poser de questions. Etre pleinement dans cette ambivalence et m’y sentir bien.

Je vous souhaite le meilleur, chers lecteurs, pour ce début de janvier, évidemment d’être en bonne santé, parce c’est définitivement le plus important, d’avoir toutes les cartes en main pour remporter la maine. Merci de m’avoir lu, merci pour vos retours, c’est un réel bonheur de vous lire, vous entendre à chaque fois, merci mille fois.

« L’important, c’est ce que vous ne pouvez pas faire, c’est là que vous cachez des choses, là que vous ne faites pas face  » – Nanda Peek

Je vous souhaite d’être heureux, courageux, d’identifier ces choses là et de les regarder dans le blanc des yeux, de partir à votre rencontre, de ne pas trop vous alourdir de soucis, d’être assez fort pour franchir les obstacles, assez philosophe pour en faire des expériences de vie. Que vos journées se remplissent de belles lumières, de rires, de douceurs et d’autres friandises. Restez ouverts, dites oui, créez les opportunités.

Je vous embrasse bien tendrement,

Passage clouté.

Manuela Marques

 

Sortie de boulangerie. Attente au feu piéton. Les moteurs passent et enfument la voie.

A côté de moi, un « vroum vroum » concentré promène une voiturette rouge le long de la bordure. La mission semble importante et absorbe complètement son attention. Je souris à cette tête blonde et à sa maman, tatie, nounou que sais je encore. Toujours avec ces œillères, attelé à sa tâche, ce petit garçon lâche la main protectrice pour se baisser et ramasser Flash Mc Queen qui vient de se faire la malle dans le caniveau. Quand pétarade et passe, à toute relative allure, une vieille Motobécane. Tout ce qu’il y a de plus inoffensif, de mon point de vue, mais à vous réveiller un sourd, à vous transformer la chaussée en une rivière infestée de piranhas et me met le petit loup dans tous ces états.

Je m’accroupis et je m’entends lui répondre… « Oh, c’est normal que tu pleures, ce n’est pas grave, tu as eu peur, ne t’en fais pas… »

Alors ça me fait réfléchir. A ce sentiment, cette émotion qui surgit par la surprise alors que nous étions occupés à toute autre chose. J’aurais aimé lui dire, qu’elle allait passer en grandissant, cette sensibilité. Mais j’aurais menti, la peur persiste quand on devient adulte. Pire, elle nous conditionne.

Elle est transformiste, devient un mal, un danger, réveille l’instinct, l’hormonal, le viscéral, se cache dans ce qui nous est étranger, ce qui est différent, ce qui nous impressionne, ce qui nous insécurise.

Le pire pourtant n’est pas l’autre, n’est pas l’ailleurs, n’est pas l’inconnu, mais se meut en nous, en ce qui nous vient du dedans. Quand ce que l’on croyait stable nous trahit. Quand ce que l’on pensait sous contrôle nous échappe. Quand le corps sens une défaillance et envoie un signal à la tête. Quand un détail, un élément, la vie nous rappelle à notre narcissisme et nous chuchote que nous ne sommes pas les maîtres du monde, aussi égocentré soit-il.

Et la peur, alors, comme une tache d’aquarelle noire, se propage, insaisissable.

Et pétrifie. Condamne à la position cadavérique. Réveille la nuit, quand elle n’empêche pas de s’endormir. Hausse les cœurs, quand elle ne les fait pas dégringoler. Peur d’alerte ou sans objet. Peur du vide, de l’abandon, peur du néant. Peur très sombre ou plus teintée. Peur floue ou bien achalandée.

Alors que faire ? Stagner, s’agiter ? La faire disparaître ou la majorer ? La refuser ou l’accepter ?

J’ai choisi, j’y travaille, c’est mon expérience, d’accepter son existence pour mieux la considérer, la remettre à sa juste taille, à sa juste place et mesure. J’ai cherché la manière dont les académiciens la qualifie. Un sentiment de forte inquiétude, d’alarme, en présence ou à la pensée d’un danger, d’une menace. Un état de crainte, de frayeur dans une situation précise. (Larousse, 2010) Et face à elle, le courage. Force de caractère, fermeté que l’on a devant le danger, la souffrance ou dans toute situation difficile à affronter. (Larousse, 2010)

Alors avoir du courage.

Se regarder soi, sans fard. Regarder l’autre, dans les yeux, sans le défier, oh non, simplement le rencontrer, sans présupposer qu’il me menace. Regarder le monde sans le craindre, oser en prendre le risque. Remettre les pendules au bon fuseau horaire, sans s’arrêter dans le passé ou l’appréhension du futur.

Etre courageux, c’est sortir du lit, c’est se battre s’il le faut, c’est lâcher prise aussi. C’est s’inscrire dans le présent. C’est accepter ce qui est, c’est sourire, c’est tendre la main, c’est courir à la rencontre, c’est sortir dehors, découvrir, c’est tenir debout mais c’est se relever surtout, c’est dire oui. C’est être vivant finalement.

De toutes les émotions, de tous les personnages de Vice Versa, la peur, c’est ce bonhomme instable, qui gesticule à tout bout de champ, à juste titre parfois mais sans raison apparente le plus souvent. Celui qui agite les bras, saute dans ceux des autres mais qui est surtout très drôle. Comme ils sont forts chez Pixar.

Tu vois, mon grand, on peut rire de tout, même d’elle, c’est pas si grave la peur.

Désormais, peut-être que tu feras plus attention, à ne plus te pencher sans regarder la route, à ne pas traverser en dehors des clous, à ne pas te mettre en danger, ou peut-être que rien du tout, quand tu auras vu que la mobylette n’était pas un grand monstre, tu oublieras et passeras vite à autre chose. Et ce serait bien ainsi. Parce qu’être vigilant, c’est bien, ça maintient en vie depuis des millénaires. Mais avoir trop peur non, ça pourrit.

La tasse.

 

Joanne Ho – Celebrate the Joy of Swimming

 

Un parallèle de cet instant sur la plage.

Après avoir été bercée par les allers et venues des vagues, de longues minutes passées en étoile, flottante, à digérer, à regarder le ciel et écouter, les oreilles immergées, le fond marin et la vie d’au loin en sourdine. Après cette attente réconfortante, un peu absente du monde, quelques temps. Après la longue nage dans l’océan.

La tête reprend vie, réveille le corps engourdi, il est temps de sortir, de rejoindre la terre, les autres, cette place qui attend, le mouvement.

Seulement c’est l’océan, et pour poser un pied sur la plage, il faut d’abord passer le mur des remous. C’est un pari, choisir la bonne accalmie, le juste entre-deux, une danse entre les éléments, prendre le bon élan.

Et il m’a fallu plusieurs reprises.

Fidèle à moi-même, j’ai couru d’abord pour misérablement m’affaler quelques mètres plus loin dans le premier rouleau, dans la machine à laver, j’ai avalé de travers, fait machine arrière, un peu sonnée, « les jambes en godillon », repliée dans mes quartiers. De la même manière, une deuxième fois, et puis d’autres, j’ai recommencé. En vitesse, comme si de rien n’était, comme si le corps était tout frais, en trottinant dans la baïne encore, sans regarder en arrière non plus, rien je vous dis, rien, c’est tout bon, il n’y a rien eu. Le résultat fût le même. Echec et tasse, retour aux pénates.

Finalement rester en surface en terrain hostile était plus simple, je savais nager, j’apprenais depuis toute petite alors je me sentais mieux armée. Mais là je fatigue, je m’épuise, je ne sais pas, je ne sais plus.

On m’avait dit que l’après n’était pas simple mais ainsi, je n’aurais pas cru. Le gros de l’effort, étant passé, la suite me semblait formalité.

Les copains de plage se sont levés, ont rangé momentanément les mots croisés, arrêté les ballons de volley, ils me regardent, m’encouragent mais ne peuvent m’aider. Je les rassure d’un petit coucou et d’un grand sourire, c’est bon, tout va bien, j’arrive,  je maîtrise, on va pas appeler David Hasselhoff quand même, vous en faites pas, j’ai pas besoin, je vais y arriver ! On s’amuse de mes roulades, je ris moi-même de mes infructueuses tentatives, du Stérimar dans les narines, du sable dans les dents, j’arrive, j’arrive, un petit moment…

Je mentalise des techniques mais bien sûr, je veux aller trop vite. Chaque coup de fatigue amène ses doutes. Vais-je y arriver ? Ne suis-je pas déjà trop fatiguée ? Je pourrais la demander bien sûr, cette main tendue, cette perche de secouriste mais je veux faire seule, vous comprenez ?

Sur la plage, ils sont moins nombreux à m’attendre déjà, je le vois bien, je ne leur en veux pas, ils continuent leur vie, je comprends bien. Mais ceux qui restent valent tout l’or de mon monde, alors je m’accroche, je me relève, je ne lâche pas, je retente, j’arrive, promis, ne vous en faites pas, je vous dois bien ça.

J’émerge aujourd’hui, je crois. Je tousse encore, mais je crois que c’est bon, j’attends de reprendre complètement mes esprits, debout, les mains en équerre, les yeux au sol, les pieds s’enfonçant dans les sables mouvants, encore un peu en équilibre. Je lève la tête, on me sourit, on dit que c’est la bonne cette fois-ci ?