A cet homme du feu rouge

A cet homme du feu rouge, j’aurais aimé lui dire tellement de choses.
L’inviter dans un café, qu’on se pose, qu’on échange, qu’on discute.

A cet homme du feu rouge, j’aurais aimé lui dire qu’il existe des mauvaises conduites bien plus graves que mon coup d’œil à l’heure qu’indiquait mon téléphone alors que je rétrogradais ma vitesse.

A ce motard moustachu, comprimé dans son casque et aussi rouge que le tricolore, j’aurais aimé lui dire que l’attitude moralisatrice et l’époque pan-pan-cul-cul étaient révolues. Que ma petite incivilité ne valait pas la sienne, que son « grosse connasse » il pouvait se le garder voire en faire ce qu’il voulait, bien plus si cela l’excitait. Que cette bataille d’ego n’en valait pas la peine.

Il fut un temps où je me serais sentie traversée, percutée de plein fouet, me serais retrouvée fautive, mauvaise élève, prise en flagrant délit. Mais entre temps, j’ai grandi. Par curiosité quand même, j’aurais aimé lui demandé s’il en aurait fait de même si un Y se cachait dans mes gènes.

A cet homme qui m’a craché sa violence en pleine face, son tutoiement, ses obscénités, j’ai renvoyé un léger sourire. Bien sûr cela n’a dû qu’attiser sa haine, sa colère, sa démesure. Il y a peut-être lu de l’arrogance, ce n’était pourtant que du détachement. Cette posture d’observation de ta propre situation, qui te permet de voir que celui que tu as en face de toi, probablement meurtri par sa propre histoire, se défoule de manière disproportionnée sur ta poire, à défaut de pouvoir le faire ailleurs et se place en justicier pour mieux se rassurer.

A cet homme qui, en regardant les sièges auto à l’arrière de ma voiture, a souhaité à mes enfants (fictifs), mon homme et mon frère (fictif aussi) de « crever dans un accident de voiture à cause d’un téléphone », j’ai intérieurement murmuré que la vie m’avait déjà suffisamment touchée et la route fait déjà suffisamment de dégâts dans mon entourage.

Et à la vie qui m’a testée aujourd’hui, je dis « eh meuf, je viens de passer une semaine avec Layla, je n’ai pas essoré l’éponge à ce point pour la laisser se remplir de ce venin ».

Et tu vois, en vrai, je me confie à toi qui me lit là, je n’ai même plus envie d’inviter ce mec dans un café pour qu’on discute de sa façon d’être, des petites morts qu’il peut provoquer par ses mots, car les mots sont d’une puissance inouïe, non non, je n’ai plus envie de perdre ce précieux temps à me battre pour devenir une sauveuse des âmes perdues, des mecs énervés parce qu’ils sont tristes, qui deviennent des connards par excès de puissance, non non, j’aimerais simplement lui dire qu’on est tous responsables de ce que l’on est et libre de choisir celui que l’on veut être.

Se sentir vivant.

Suis je juste en vie ?

Est ce que j’oeuvre pour le bien-être, le bonheur et le mieux vivre ou juste pour le fait de vivre ? Notre société a t-elle besoin que les choses soient juste faites ou se porterait-elle mieux si on essayait de bien les faire ?

Tout cela tourne dans ma tête depuis des mois et je sais que je ne suis pas la seule.

On voit des initiatives pleines de sens, un retour à la terre avec une envie de prendre le temps de prendre soin de la nature, des animaux, des humains, de soi aussi.

Etant dans le soin, je m’interroge sur notre désir de bien faire tout de même. On me demande de faire le plus d’actes possibles, dans cet hôpital devenu entreprise mais la notion de profit me paraît tellement incompatible avec mon aspiration qualitative que je suis en perpétuel conflit intérieur. On me demande de faire vite, optionnellement bien quand même (sous peine de finir en prison) mais sans me donner les éléments les plus important : le temps et les autres. Mais pardon, je digresse déjà, je m’égare, j’étale ici mes appréhensions à retourner dans mon service puisque ma rentrée sonne à mon tour. Je ferme la parenthèse.

Comprendre ainsi la différence fondamentale entre le « être vivant » et « se sentir vivant », c’est comprendre le luxe que c’est que de pouvoir se poser ces questions là. Puis par mécanisme de sublimation, puisque j’ai la chance d’y avoir accès, je vais aider les autres à y avoir accès à leur tour.

Partager cette notion-là est devenu mon leitmotiv.

A tel point que j’entame une formation de l’enseignement du yoga dans les semaines qui viennent. Parce que cette discipline a été une des amorces à la connexion entre mon corps et mon esprit et m’a intimement permis de me sentir davantage vivante que je ne l’étais. Je vous propose de vous raconter cela au fur et à mesure, si cela vous intéresse.

L’essence de la vie humaine est là et j’en suis convaincue, sinon pourquoi tant d’émotions et de ressentis, de mécanismes neuronaux entre notre cerveau et tous les éléments de notre organisme ?

Chaque jour en me levant, le seul objectif qui tienne serait de provoquer cela : une situation où je me sentirai vivante. Et chaque soir en me couchant, me remémorer ah oui là, je me suis sentie vivante.

Qu’importe le moment le plus approprié pour vous, qu’importe la façon de se le formuler, c’est sans pression ni obligation cette histoire, certains n’ont d’ailleurs pas à se le mentaliser.

Aujourd’hui, ça aura été d’écrire cet article, hier c’était l’entrainement avec les partenaires du club, demain ce sera peut-être ma séance de yoga ou le goût de ce que je me serais préparé à manger. Je cherche, je tâtonne, mais je provoque des situations qui me permettent de ressentir, parfois puissamment, parfois doucement et c’est très bien aussi, que je suis en vie. Non pas seulement. Plutôt me permet de ressentir comme je suis en vie. Ainsi, tout prend sens.

Et vous ? Quels sont vos pépites, vos explosions, vos poudres, vos détails qui vous font vous sentir vivants ? Je suis curieuse de vous lire,

 

Les routines

Comme tous les enfants, qu’ils soient petits ou plus grands, j’ai besoin de routines. Matinales ou du soir, elles font de moi quelqu’un d’un tantinet psychorigide sur le sujet peut-être mais il est des périodes où prendre un raccourci, sauter une étape ou une ligne peut faire basculer ma journée, y mettre un filtre moins nuancé, réduire la palette colorimétrique ou me rendre colérique.

Elles me structurent et stimulent ma créativité. Elles m’apaisent et me sécurisent.
Quelles qu’elles soient, je les aime.
Surtout celles des premières heures.

Ce qui est drôle c’est qu’en construisant ma cabane d’adulte, avec des murs en bois qui résistent au Grand Méchant Loup, je me faisais la réflexion que plus les murs se montaient, plus le contour se dessinait, plus l’intérieur se délimitait, mieux je visualisais le champ des possibles, l’espace à ma disposition et plus je me sentais libre. De décorer, d’aménager, de m’épanouir. Notion qui m’évoquait fortement la contenance que je mets en oeuvre dans mon domaine d’exercice professionnel, et aussi le rôle du cadre et des routines. Je disais drôle au début du paragraphe car cette impression, je n’étais pas la seule à l’avoir eu (ou peut-être est-elle entrée dans mon esprit de manière implicite au point de me faire croire que l’idée émergeait de moi ? c’est possible, car je crois que tout nous façonne et finalement peu de choses sortent à 100% de notre imagination).

En fouillant un peu dans les internet, je suis tombée sur le travail d’un psychiatre nord-américain Mr Rudolf Dreikus, qui dit notamment :

« Les routines quotidiennes sont pour les enfants ce que les murs sont à une maison, elles leur donnent des frontières et la dimension de la vie. Aucun enfant n’est à l’aise face à une situation qu’il ne connait pas. La routine lui donne une sensation de sécurité. Les habitudes bien établies leur donnent un sentiment d’ordre, duquel naît la liberté. »

Etant donc tous susceptibles d’être pris de régression, de mutation vers Peter Pan ou de moment d’immaturité émotionnelle, que ce soit dans le rapport à l’Autre, à la nourriture, à une vague d’angoisse ou quelque autre altération de l’humeur, nous sommes tous un peu concernés. Et la routine peut avoir valeur de refuge, de réassurance personnelle, de valorisation aussi, avec le petit sentiment de maîtrise sur le quotidien qu’elle apporte. Un boost de confiance en soi ne fait jamais de mal (en général).

Attention qu’on ne se trompe pas cependant, une routine chez moi peut changer tous les 15 jours, on ne se refait pas. Girouette un jour, girouette toujours !

Pour revenir à l’analogie, comme la place des meubles de la maison, la couleur des murs ou les plantations du jardin tout autour, la routine n’est pas immuable, malgré ses constances, elle s’adapte au contexte.

Il y a celles des vacances. Du réveil avant les autres, de la joie de préparer la table pour tout le monde avec la baguette de pain encore chaude tout juste sortie du four du boulanger.
Il y a celles des lendemains de soirées. Avec l’indispensable mise en route au café serré, les brioches aux pépites de chocolat, et le débrief’ du qui se rappelle où j’étais à 02h du mat’ et du qui a fini avec qui (comment ça dans son lit ?) ou comment (« tout ça ne nous… »)…
Il y a celles des soirs d’été. Avec le décapsuleur, le soleil en couleur crépuscule et les olives.
Il y a celles des retours à la maison des parents. Avec les souvenirs qui surgissent, les mêmes gestes d’avant, la brosse à dent posée là où elle était déjà il y a 20 ans, le craquement en descendant l’escalier, ouvrir les volets, préparer les bols de lait, le thé ou le café. Et les câlins au fur et à mesure des réveils de chacun.
Il y celles des grands-parents. Avec le journal de la région, les petits soldats, les bols qui cette fois nous attendent déjà (et depuis l’aube je crois).

Pendant mon arrêt maladie et après les traitements, au quotidien, chez moi, ça ressemblait un peu à ça : lever très tôt-eau froide sur les pommettes-huile pour se masser un peu-eau chaude au citron-saluer mon ami le soleil et plus si affinités-prendre un miam-o-fruits au petit déjeuner-écrire-balader mon chien-finir de me préparer-et enfin démarrer la journée.

Oui, en gros c’était ça tous les jours à quelques variables près. Selon la fatigue, ma journée pouvait même s’arrêter là et c’était très bien comme ça. J’avais accompli quelque chose, aussi anodin que ce soit. Ma routine me servait à ça.

Désormais, le travail ayant repris, il a fallu tâtonner, la trouver, la retrouver, la modifier un peu, la changer selon les horaires infirmières, mais en se stabilisant, elle conserve son côté doudou rassurant.

Oui, cet article est une ode aux routines. Et à la paradoxale si rassurante liberté qu’elles entraînent avec elles. Puisqu’en suite, dans le cadre fermé bichonné, la chrysalide s’ouvre et tout est possible.

Et vous ? Quelles sont vos petites routines, vos plaisirs du matin ? Dites moi, partagez nous, je suis curieuse de tout ❤

Je vous embrasse,

Aurélie.

C’est un peu chiant le bonheur ?

C’est un peu chiant le bonheur parce que ça ne pousse pas à l’inspiration. Ni à l’envie d’écrire, de se livrer, ni de trop de partager. Le bonheur, c’est une douceur qu’on garde en bouche longtemps, au creux de soi, égoïstement, qu’on chérit très très fort, avant qu’elle ne s’évapore.

Mais bon comme je me suis imposé comme objectif d’écrire plus spontanément, je me dis qu’il faut que je le verbalise : en ce moment ça va. Comme quoi… Peut-être bien que j’ai touché le fond, et que c’est la vraie impulsion, qu’avant c’étaient des intermédiaires seulement.

« J’te tiens, j’te tiens, j’te lâche plus, j’t’enfeeeeerme dans mon coeur… »

Comprenne qui pourra. (Chloéééééé <3) (oui parce que je crois qu’en dehors de toi, personne ne connait cette chanson)

Oui d’ailleurs, je ne suis pas une vraie blogueuse hein, tout le monde l’a bien compris, donc je vais me permettre d’être un peu plus personnelle aussi. Après tout j’ai le droit, je fais ce que je veux, je suis chez moi.

Chez moi ! Oh oui chez moi, enfin chez moi…. Si vous avez suivi quelques peu mes péripéties, vous savez que le premier coup de pelle dans un terrain de la campagne toulousaine fût la croix et la bannière. Mais il faut s’accrocher, y croire, tenir le cap, toujours, toujours.

Après des mois de travail acharné, tantôt seuls, tantôt accompagnés, nous avons réussi. Du trou aux quatre panneaux pour murs, de la dalle au toit, des plaques de placoplâtres aux lames de parquets, des coups de peinture aux coups de peintures et aux autres coups de peintures (c’était ma partie, ça m’a semblé si long…), nous avons fini. Bon ok, presque, les finitions d’une maison, il parait que c’est pour toute une vie.

On est si contents, l’Homme dit qu’il ne débande pas depuis une semaine, c’est vous dire (oui c’est un poète… mais je l’aime).

Alors tous les matins, je chéris ce bonheur, cette maison de l’amour, de la victoire, de la joie, des larmes et du houblon, remercie tous les petites mains si fortes venues nous soutenir, regarde le lever du soleil, la couleur rosée du ciel et écoute les bruits de la forêt d’en bas, j’entends le rossignol là, le rossignol les gars !, pars courir à n’importe quelle heure sur les sentiers, grâce à vous, grâce à nous, grâce à mon Homme acharné, ça sent l’essence du bois, ça craque comme dans une vieille maison, ma cabane a déjà l’âme d’une vieille maison, une maison pourtant toute jeune qui semble vous dire qu’elle en a déjà vécu des vertes et des pas mûres, qu’elle est pourtant debout, petite, simple mais si fière, tellement à notre image, tellement nous.

Dans quelques temps, en plus des poils et de la Plume, s’ajouteront les moutons et les poulettes, surement aussi les pousses vertes mais pour l’instant, sur son terrain tout neuf, elle se suffit à elle même, s’emplit de nos rires et de nos silences reconnaissants, de la vie, si belle, tout simplement, des grillons qui s’éveillent, du bouchon de champagnes qui enfin pop, des ballades au clair de lune, des remous de la rivière, des voisins en semblables généreux.

C’est parce qu’on a eu l’aperçu du néant que ça touche autant, peut-être.

C’est chiant à écrire, c’est gnangnangnan, mais c’est tout doux dans mon dedans.

Je vous embrasse, la bière est au frais, je vous attends.

Aurélie

Le droit d’être triste

Tellement bercée par mes élans de positivités, j’ai lutté pour garder le masque du sourire tout au long de mes mois de maladie, traitements et temps suivants. Jusqu’à maintenant. Paradoxal, n’est ce pas ? Difficile de comprendre, maintenant que tout va mieux, que tout doit filer droit et que l’heure soit à la reprise de la vie d’avant, que je flanche. Que je chiale, que je me sente seule, alors qu’objectivement ce n’est pas le cas, que mon humeur fasse des loopings, que je m’enterre dans la fatigue, que je me sente mal dans mon corps, je ne trouve ma place nulle part, que je cherche du sens dans tout, que je suis insatisfaite, que je me sente loin de mes utopies, ce qui est con, je le sais, parce que ma vie est chouette, les projets actuels sont chouettes mais cet état nuageux reste.

Je suis infirmière en psy, je le rappelle. Donc quand je prends du recul sur moi-même, bien sûr que j’entrevois quelques traits que je reconnais bien. Et que je me refuse de nommer.

La voie de l’acceptation.

Quel long chemin, quel long chemin, putain.

Du coup, je m’interroge sur ce que je n’arrive pas à accepter.

Ce corps sur lequel je ne peux plus compter ?
Qui me désespère avec ces cicatrices, cheveux trop courts, cernes, teint vite blafard, tendinites à répétition, refus d’écarts plaisir ou alcoolisations ?
Cette vie si imprévisible qui m’a déstabilisé ?
Cet état d’urgence de rêves à réaliser, maintenant que je me suis prise en pleine face la possibilité en une fraction de seconde de tout voir basculer ?
D’avoir eu peur ?
De ne pas être une Toute Puissante ?

Je sais que ce n’est pas réjouissant de lire tout ça, vous n’êtes d’ailleurs pas obligés d’aller au bout, que c’est assez loin de l’image que je dégage et m’efforce de montrer. Mais je me dis que ça peut servir à d’autres en fait, que ce soit rassurant de savoir qu’on est pas seuls dans cette situation. Un peu déprimée après coup, déboussolée aussi.

La vie après le cancer. Gros challenge qui se profile.

Si vous avez des idées, je prends. Si vous êtes concernés, je prends aussi. Et vous envois tout mon amour.

Aurélie.

Silence, ça (re)pousse.

Et vous prendre un peu la tête (mahah). Au rythme d’une valse à trois temps.

Première partie.

Emmanuelle Colin, source Pinterest

Ceux que j’ai contacté reconnaîtront le sujet, je les remercie d’avance pour leur indulgence et leur réassurance face à mes remues-méninges perpetuels.

Mes cheveux repoussent. Pour être tout à fait honnête, ça fait déjà quelque temps que je n’ai plus le crâne approximatif. Néanmoins en terme de repousse, on reste sur quelque chose d’assez aléatoire. Brouillon, inabouti, tel le dessin d’un enfant de 4 ans et demi. Après l’épisode poivre-et-sel et la phanère crépue, je vis actuellement une sorte de désordre capillaire : frisé et épais dessus, souple sur les côtés, le tout dans deux teintes plus sombres que mes cheveux d’avant. Ah, le cheveu d’avant… Tout le problème est là. Oui toi, l’idéal, que j’avais tant aimé détester pourtant.

Ce qui me frise sur le sommet actuellement me pose une question bien plus profonde je crois : du « que veux-tu faire de ta tignasse » qui devient « quelle image post-merdier choisis-tu de renvoyer désormais ? » Oui parce qu’on rigole, on rigole, mais ces petits centimètres, si futiles, si anodins, si trois-fois-rien, je le répète sont vraiment des marqueurs de notre identité. Que le dredeux ou le rouquin me jette la première pierre si je me trompe ! Les autres les voient vite, ils participent à nous définir, renvoient forcément une notion, une idée, une histoire ou une appartenance. Alors bien sûr, notre personnalité ne se résume pas à ces centimètres là, mais en attendant, la fille aux cheveux courts que je suis devenue ne sait plus, si elle veut les voir repousser ou les garder comme ça. Les colorer ou attendre. Les transformer ou les assumer. Elle pèse le pour et le contre à aller chez le coiffeur à chaque fois qu’elle croise le reflet de la dame dans le miroir (oui je ne me suis toujours pas habituée).

J’épluche internet, pinterest, youtube et les vidéos de « journal de pousse », je bade mes mèches d’océan, j’essaye des foulards, bonnets, pinces, noeuds, tanne mon homme pour qu’il me mette du gel dans les cheveux. Je rêve de les raser un jour, de mettre des extensions le lendemain, en traditionnelle girouette, je les veux blonds, acajous puis bruns. Avec des boucles d’oreilles, je suis la mère à Manu, en débardeur, je me sens transgenre, et en tenue de sport, on me questionne sur mon orientation sexuelle. Quel monde de cases, enkysté dans ses clichés… Je fais des stats de ce que me disent les autres, je me pose la question 20 fois par jour. Je les tripote, les soulève, la raplaplatisent mais jamais ne les laisse tranquille.

Finalement, c’est assez symbolique de l’après-cancer cette histoire de cheveux. Qui je suis, je ne le sais plus. C’est comme s’il s’agissait de choisir d’être devenue un peu une autre personne, transformée par le combo maladie-combat ou vouloir absolument redevenir celle d’avant pour oublier, faire oublier et passer à autre chose. On peut aussi se dire que ça va repousser sans effacer… ?

Ce qu’en disent ces adorables autres, n’est qu’un avis, je le sais bien. C’est au fond de soi que cela se joue et pour le moment c’est tout flou.

 

Deuxième partie.

Une après-midi. Une terrasse. Du soleil. Et l’émission en podcast d’Ali Rebeihi. Grand Bien vous fasse. Un thème : « quand nos coiffures racontent ce que nous sommes ».

Là. Pas plus. Ou comment légitimer ma réflexion. Je choisis donc de vous transcrire quelques moments choisis parce que ça m’a fait du bien, Grand Bien, je dirais même, cette discussion. Je passe et repasse donc ce sujet au peigne fin (mahah bis).

Le temps d’un tour chez le libraire pour toucher du doigt Un etnologue chez le coiffeur de Michel Massu et Afro de Rokhaya Diallo. Et de découvrir le film, Le mari de la coiffeuse avec Jean Rochefort.

Je découvre ainsi à quel point la coiffure est un vrai sujet, un symbole de qui nous sommes, de notre place culturelle et sociétale, bien sûr c’est différent, que l’on soit afro, latino ou de la haute, j’apprends comme elle permet de classer les gens, distinguer des appartenances, qu’elle est sujet de conflit, un choix politique même parfois, une manière de revendiquer une conviction ou de transmettre un message. Le cheveu long lui, est associé à la séduction, la féminité, la fécondité. Je le remarque aussi comme ce cheveu court semble passer un message de « volonté de ne pas être approchée », comme le dit Rokhaya Diallo. Moi aussi, je trouve que le regard des hommes flatte moins mon ego. Quelle importance me dira t-on ? Tant que tu plais au tien, le reste n’est rien. Ce n’est pas faux, mais cet ego si carencé par les chimios ne serait pas contre quelques secondes mégalo.

Enfin, sur internet, un article de l’Express où je lis également ce passage retranscris de la Bible, accrochez vous, c’est fantastique :

Dans le chapitre 11 de la Première Épitre aux Corinthiens, un livre du Nouveau Testament, l’apôtre Paul écrivait: « Toute femme qui prie ou prophétise tête nue fait affront à son chef; car c’est exactement comme si elle était rasée. Si la femme ne porte pas de voile, qu’elle se fasse tondre! Or, s’il est honteux pour une femme d’avoir les cheveux coupés ou d’être rasée, qu’elle se voile. L’homme ne doit pas se couvrir la tête, puisqu’il est l’image et la gloire de Dieu, tandis que la femme est la gloire de l’homme. En effet, l’homme n’a pas été tiré de la femme, mais la femme a été tirée de l’homme […] C’est pourquoi la femme doit avoir sur la tête une marque de l’autorité dont elle dépend. » 

Chouette non ?

« Honteux »… Le terme est fort. Mais on comprend mieux comme la tonte fût une manière de rendre honteuses certaines femmes pendant la Seconde Guerre Mondiale ou les prostituées d’autres époques. Si le crâne de la femme apparent est synonyme de honte dans notre culture marquée par l’apport chrétien, peut-être est-ce inconsciemment juste à cause de cela qu’il est difficile pour les femmes de vivre avec le cancer aujourd’hui ?

 

Source Pinterest

 

Troisième partie.

Donc, ça ma piqué et je suis allée « me faire une tête » chez ma douce coiffeuse. Celle qui devient psychologue le temps de quelques coups de ciseaux. Celle qui a su avoir les mots, celle qui a suivi mon parcours, une femme ou plutôt deux qui sans trop le savoir m’ont vraiment soutenu. Oui, elles furent thérapeutes, m’ont permis de marquer cet évènement important de ma vie, de m’accoutumer et au fil des passages chez elles, m’ont aider à mieux apprivoiser ce moi d’aujourd’hui.

Alors du coup ?

Alors qu’est ce que j’ai fait ?

Alors j’ai choisi d’emmerder la honte et j’ai rasé.

Aurélie.

 

Birthday

 

C’était il y a un an.
Il y a un an, je franchissais les portes (du pénitencieeeeer) du bloc pour le PAC et depuis, comme sur un radeau, la vie m’a un peu brinquebalée.
J’aurais appris, encore un peu plus, à tenir bon.
A garder le sourire en pataugeant dans les emmerdes.
A relativiser.
Parce qu’objectivement, c’était chiant mais pas si pire (la Haute Savoie si tu m’écoutes).
J’ai la chance de pouvoir me dire, un an après que c’est fini.

Un an au ralenti, un an en accéléré.

Un an à apprendre…

A découvrir la vie, quand on sort du mouvement métro-boulot-dodo, à réaliser comme l’on est pas indispensable dans cette société alors comme il est indispensable de savoir se tourner vers soi, à ne pas vouloir réussir dans LA vie mais bien dans SA vie.
A changer d’angle de vue.
A tester des trucs anodins, ridicules et trouver ça important.
A rendre le petit plus grand.

A ne pas aimer, à s’en donner le droit.
A râler parfois.
A ne pas être le patient parfait.
A savoir qu’on ne sera plus jamais le même soignant.
A s’autoriser à chialer dans les bras de quelqu’un.
A parler aussi de ce qu’il y a au fond, tout au fond.
A gagner en authenticité.

A cuisiner un peu mieux, à découvrir des goûts nouveaux, à tester la nausée et des litres de cafés.
A colorier des trucs sans autre sens que de remplir les journées vides, à dessiner, à écrire sur un cahier, à l’encre ou au clavier.
A commencer mes journées avec des postures de yoga et les finir en Savasana.
A ressortir l’appareil photo.
A courir, encore courir, à nager, à pédaler.
A ouvrir du courrier le coeur d’avance tout léger.
A lire des articles flippants de numérologie.
A errer dans le même parc tous les jours, avec un freesbee et une douce Naïa comme compagnie.
A découvrir des podcasts inspirants.
A lire de nouveaux magazines, de nouveaux auteurs, des blogs, des BD vers lesquelles je ne me serais pas tournée.
A être seule, à me suffire certains jours, à le dégueuler d’autres.
A retrouver les Autres, chers vous Autres et les aimer encore plus.

A partager avec vous mon auto-psychanalyse boiteuse.

A faire l’enfant avec des crayons.
A faire l’ado les jours de pluie.
A faire l’adulte avec des projets.
A faire la petite vieille à la tombée de la nuit.

Un an… Quel vertige, quel trois fois rien pour tout ça.
Quel prodigieux coup de pied au cul.
Quel appel à la légèreté et au plaisir.
Quel appel à la danse, au cri, au silence, à la vie…

Aurélie.