En pointillés.

Je n’ai pas vraiment disparue. J’ai mis cette interface en hibernation quelque temps, me suis fait marmotte des internet, j’ai quitté un Facebook où je ne me reconnaissais plus et perdais mon temps à lire un fil d’actualité qui ne me parlais plus.

Je me suis questionnée sur la pertinence de garder ce blog. Désormais guérie, pourquoi continuer d’écrire ?

Est ce que je suis encore légitime à publier des articles ?

Je prends le risque de répondre oui d’abord et puis d’envoyer cette question dans les roses ensuite. Cette question n’a pas lieu d’être. J’ai aimé vous raconter mon histoire pendant ma maladie, ma manière de la vivre, d’explorer ce monde en étant passer de l’autre côté, un soignante qui doit se soigner. J’ai relu plusieurs fois mes articles avant de les publier, pour qu’ils parlent au plus grand nombre au prix parfois d’une certaine spontanéité.

Aujourd’hui donc, pourquoi ne pas continuer d’écrire des histoires, pas forcément la mienne mais celle d’instants de nos vies, ou de vies que je croise ? Ecrire est ma « croissance post-traumatique » pour reprendre le terme si juste de Nassim Taleb. J’espère écrire de manière plus décomplexée, plus souvent, tant pis pour les fautes et les flops, l’aspect brouillon ou chiffonné. Mais continuer tout de même.

Je crois en la création. Pas seulement dans son aspect thérapeutique mais dans le sens qu’elle donne à nos vies. Qu’il s’agisse de faire des canevas ou des photos, produire des vidéos, travailler le bois, tricoter des écharpes ou faire des tiramisus. Elle est le sens de nos vies d’humains. Nous sort de l’ennui, nous rallume comme des ampoules, nous soustrait au temps, change notre angle de vue. Alors quand on saisit un petit bout de ce plaisir là, celui de faire quelque chose de ses petits doigts, je crois qu’il faut continuer d’en faire des petits nœuds et se laisser aller. Au moins un petit peu.

Ca a du sens pour vous aussi ? Vous êtes encore là ? Vous restez si je laisse le champion du Scrabble un peu de côté ?

Quelque soit votre écho, je vous embrasse,

Page blanche

Une page blanche, une nouvelle année. J’aime l’idée de 365 possibilités.

Pas d’angoisses, pas de peur du vide, juste une envie de vivre. A la fois intensément et doucement, en étant curieuse de tout et sans me poser de questions. Etre pleinement dans cette ambivalence et m’y sentir bien.

Je vous souhaite le meilleur, chers lecteurs, pour ce début de janvier, évidemment d’être en bonne santé, parce c’est définitivement le plus important, d’avoir toutes les cartes en main pour remporter la maine. Merci de m’avoir lu, merci pour vos retours, c’est un réel bonheur de vous lire, vous entendre à chaque fois, merci mille fois.

« L’important, c’est ce que vous ne pouvez pas faire, c’est là que vous cachez des choses, là que vous ne faites pas face  » – Nanda Peek

Je vous souhaite d’être heureux, courageux, d’identifier ces choses là et de les regarder dans le blanc des yeux, de partir à votre rencontre, de ne pas trop vous alourdir de soucis, d’être assez fort pour franchir les obstacles, assez philosophe pour en faire des expériences de vie. Que vos journées se remplissent de belles lumières, de rires, de douceurs et d’autres friandises. Restez ouverts, dites oui, créez les opportunités.

Je vous embrasse bien tendrement,

Passage clouté.

Manuela Marques

 

Sortie de boulangerie. Attente au feu piéton. Les moteurs passent et enfument la voie.

A côté de moi, un « vroum vroum » concentré promène une voiturette rouge le long de la bordure. La mission semble importante et absorbe complètement son attention. Je souris à cette tête blonde et à sa maman, tatie, nounou que sais je encore. Toujours avec ces œillères, attelé à sa tâche, ce petit garçon lâche la main protectrice pour se baisser et ramasser Flash Mc Queen qui vient de se faire la malle dans le caniveau. Quand pétarade et passe, à toute relative allure, une vieille Motobécane. Tout ce qu’il y a de plus inoffensif, de mon point de vue, mais à vous réveiller un sourd, à vous transformer la chaussée en une rivière infestée de piranhas et me met le petit loup dans tous ces états.

Je m’accroupis et je m’entends lui répondre… « Oh, c’est normal que tu pleures, ce n’est pas grave, tu as eu peur, ne t’en fais pas… »

Alors ça me fait réfléchir. A ce sentiment, cette émotion qui surgit par la surprise alors que nous étions occupés à toute autre chose. J’aurais aimé lui dire, qu’elle allait passer en grandissant, cette sensibilité. Mais j’aurais menti, la peur persiste quand on devient adulte. Pire, elle nous conditionne.

Elle est transformiste, devient un mal, un danger, réveille l’instinct, l’hormonal, le viscéral, se cache dans ce qui nous est étranger, ce qui est différent, ce qui nous impressionne, ce qui nous insécurise.

Le pire pourtant n’est pas l’autre, n’est pas l’ailleurs, n’est pas l’inconnu, mais se meut en nous, en ce qui nous vient du dedans. Quand ce que l’on croyait stable nous trahit. Quand ce que l’on pensait sous contrôle nous échappe. Quand le corps sens une défaillance et envoie un signal à la tête. Quand un détail, un élément, la vie nous rappelle à notre narcissisme et nous chuchote que nous ne sommes pas les maîtres du monde, aussi égocentré soit-il.

Et la peur, alors, comme une tache d’aquarelle noire, se propage, insaisissable.

Et pétrifie. Condamne à la position cadavérique. Réveille la nuit, quand elle n’empêche pas de s’endormir. Hausse les cœurs, quand elle ne les fait pas dégringoler. Peur d’alerte ou sans objet. Peur du vide, de l’abandon, peur du néant. Peur très sombre ou plus teintée. Peur floue ou bien achalandée.

Alors que faire ? Stagner, s’agiter ? La faire disparaître ou la majorer ? La refuser ou l’accepter ?

J’ai choisi, j’y travaille, c’est mon expérience, d’accepter son existence pour mieux la considérer, la remettre à sa juste taille, à sa juste place et mesure. J’ai cherché la manière dont les académiciens la qualifie. Un sentiment de forte inquiétude, d’alarme, en présence ou à la pensée d’un danger, d’une menace. Un état de crainte, de frayeur dans une situation précise. (Larousse, 2010) Et face à elle, le courage. Force de caractère, fermeté que l’on a devant le danger, la souffrance ou dans toute situation difficile à affronter. (Larousse, 2010)

Alors avoir du courage.

Se regarder soi, sans fard. Regarder l’autre, dans les yeux, sans le défier, oh non, simplement le rencontrer, sans présupposer qu’il me menace. Regarder le monde sans le craindre, oser en prendre le risque. Remettre les pendules au bon fuseau horaire, sans s’arrêter dans le passé ou l’appréhension du futur.

Etre courageux, c’est sortir du lit, c’est se battre s’il le faut, c’est lâcher prise aussi. C’est s’inscrire dans le présent. C’est accepter ce qui est, c’est sourire, c’est tendre la main, c’est courir à la rencontre, c’est sortir dehors, découvrir, c’est tenir debout mais c’est se relever surtout, c’est dire oui. C’est être vivant finalement.

De toutes les émotions, de tous les personnages de Vice Versa, la peur, c’est ce bonhomme instable, qui gesticule à tout bout de champ, à juste titre parfois mais sans raison apparente le plus souvent. Celui qui agite les bras, saute dans ceux des autres mais qui est surtout très drôle. Comme ils sont forts chez Pixar.

Tu vois, mon grand, on peut rire de tout, même d’elle, c’est pas si grave la peur.

Désormais, peut-être que tu feras plus attention, à ne plus te pencher sans regarder la route, à ne pas traverser en dehors des clous, à ne pas te mettre en danger, ou peut-être que rien du tout, quand tu auras vu que la mobylette n’était pas un grand monstre, tu oublieras et passeras vite à autre chose. Et ce serait bien ainsi. Parce qu’être vigilant, c’est bien, ça maintient en vie depuis des millénaires. Mais avoir trop peur non, ça pourrit.

La tasse.

 

Joanne Ho – Celebrate the Joy of Swimming

 

Un parallèle de cet instant sur la plage.

Après avoir été bercée par les allers et venues des vagues, de longues minutes passées en étoile, flottante, à digérer, à regarder le ciel et écouter, les oreilles immergées, le fond marin et la vie d’au loin en sourdine. Après cette attente réconfortante, un peu absente du monde, quelques temps. Après la longue nage dans l’océan.

La tête reprend vie, réveille le corps engourdi, il est temps de sortir, de rejoindre la terre, les autres, cette place qui attend, le mouvement.

Seulement c’est l’océan, et pour poser un pied sur la plage, il faut d’abord passer le mur des remous. C’est un pari, choisir la bonne accalmie, le juste entre-deux, une danse entre les éléments, prendre le bon élan.

Et il m’a fallu plusieurs reprises.

Fidèle à moi-même, j’ai couru d’abord pour misérablement m’affaler quelques mètres plus loin dans le premier rouleau, dans la machine à laver, j’ai avalé de travers, fait machine arrière, un peu sonnée, « les jambes en godillon », repliée dans mes quartiers. De la même manière, une deuxième fois, et puis d’autres, j’ai recommencé. En vitesse, comme si de rien n’était, comme si le corps était tout frais, en trottinant dans la baïne encore, sans regarder en arrière non plus, rien je vous dis, rien, c’est tout bon, il n’y a rien eu. Le résultat fût le même. Echec et tasse, retour aux pénates.

Finalement rester en surface en terrain hostile était plus simple, je savais nager, j’apprenais depuis toute petite alors je me sentais mieux armée. Mais là je fatigue, je m’épuise, je ne sais pas, je ne sais plus.

On m’avait dit que l’après n’était pas simple mais ainsi, je n’aurais pas cru. Le gros de l’effort, étant passé, la suite me semblait formalité.

Les copains de plage se sont levés, ont rangé momentanément les mots croisés, arrêté les ballons de volley, ils me regardent, m’encouragent mais ne peuvent m’aider. Je les rassure d’un petit coucou et d’un grand sourire, c’est bon, tout va bien, j’arrive,  je maîtrise, on va pas appeler David Hasselhoff quand même, vous en faites pas, j’ai pas besoin, je vais y arriver ! On s’amuse de mes roulades, je ris moi-même de mes infructueuses tentatives, du Stérimar dans les narines, du sable dans les dents, j’arrive, j’arrive, un petit moment…

Je mentalise des techniques mais bien sûr, je veux aller trop vite. Chaque coup de fatigue amène ses doutes. Vais-je y arriver ? Ne suis-je pas déjà trop fatiguée ? Je pourrais la demander bien sûr, cette main tendue, cette perche de secouriste mais je veux faire seule, vous comprenez ?

Sur la plage, ils sont moins nombreux à m’attendre déjà, je le vois bien, je ne leur en veux pas, ils continuent leur vie, je comprends bien. Mais ceux qui restent valent tout l’or de mon monde, alors je m’accroche, je me relève, je ne lâche pas, je retente, j’arrive, promis, ne vous en faites pas, je vous dois bien ça.

J’émerge aujourd’hui, je crois. Je tousse encore, mais je crois que c’est bon, j’attends de reprendre complètement mes esprits, debout, les mains en équerre, les yeux au sol, les pieds s’enfonçant dans les sables mouvants, encore un peu en équilibre. Je lève la tête, on me sourit, on dit que c’est la bonne cette fois-ci ?

Le mythe de la convention AERAS.

Ou quand Bricolo et Bricolette font des projets. Ou encore l’art de choisir le bon moment.

Petite histoire du soir.

Nos vies sont des montagnes russes.

Il était une fois un 10 février quand nous signions une promesse de vente d’un terrain avec une jolie idée : construire nous même une grosse cabane au milieu des collines pour pouvoir y entasser à notre guise chiens, chats, poules, tomates, courges et moutons. Le cœur léger des jeunes premiers, il ne nous restait que les banques à visiter, une partie presque d’avance gagnée. Sur le papier, tout était joli-joli. Le notaire était tout sourire et le banquier nous avait tapé dans la main lors de la simulation, alors bon, comme sur des roulettes, qu’on s’était dit. Mignons-mignons que nous étions.

Et puis le 15 février, le diagnostic est tombé. Parenthèse d’anecdotes, il faut dire que nous étions en pleine semaine de la schkoumoune avec Bricolo. Entre la coupure de notre ligne téléphonique (donc de l’accès internet bien sûr) (qui dura des semaines entières), nos toilettes bouchées, les ergots canins arrachés et le suicide gallinacé (RIP Lucette, si tu nous écoutes), l’annonce du lymphome n’était qu’une apogée.

La fleur au fusil encore bien là mais déjà un peu flétrie, nous commencions donc le tour des banquiers, qui d’emblée ont aimé notre budget maitrisé, notre projet pas démesuré, nos rêves minimalistes (non pas de piscine, non non pas de suite parentale, non non pas de grandes baies vitrées, non non pas de chambre avec lit à baldaquins ou autres galerie des glaces).

Et puis, le questionnaire de santé.

Et puis, le questionnaire de santé…

Je laisse ses mots volontairement résonner tant ce bout de papier a failli tout péricliter.

Autant vous dire que l’écart de la norme est très mal supportée par nos amis les financiers. Certains nous ont expliqué qu’une simple variation de poids avait justifié des mois d’attentes et de questionnaires complémentaires, alors moi et mon Hodgkin, on ouvrait la porte à toutes les fenêtres.

Tendre banquier quand je lui ai dit, « euuh, on vient de me diagnostiquer une maladie de Hodgkin… » qui me répondit « aaah bah c’est pas grave, c’est pas comme si c’était un cancer ! »

Oui, alors, justement…

Justement, j’ai un cancer mais ce n’est pas si grave, comme je suis en bonne santé, en quelques mois ce sera plié et je retournerai travailler. En plus, j’ai une chance dingue, je suis fonctionnaire donc je vais continuer d’être payée, sur mon compte, mon arrêt, vous ne le verrez presque pas passer. Sauf qu’il était déjà trop tard, les cases étaient cochées, le disque déjà rayé.

Avoir l’ambition de faire des projets quand on a un cancer c’est chercher désespérément une assurance pour un prêt immobilier, scanner des papiers, expliquer cinquante fois son problème sur messageries vocales, découvrir le mythe que représente la convention Aeras qui facilite l’emprunt pour les personnes EN REMISSION OU SANS TRAITEMENT DEPUIS PLUSIEURS ANNEES mais pas en cours de traitement (merci Madame mais non, revenez plus tard, on vous assurera avec plaisir… en 2023), faire moult visites chez le généraliste pour remplir des questionnaires semblables mais pas tout à fait donc y retourner, et encore y retourner, et encore y retourner… Avoir le cœur serré en ouvrant chaque courrier, entendre des bons conseils, papoter testament à 26 ans, avoir le moral en dents de scie, y croire parfois parce que cette fois c’est la bonne « oui, on a assuré quelqu’un dans votre cas » et puis finalement non, alors rechuter.

 

On a tenu bon. J’ai tenu bon. Parce que je culpabilisais d’avance. D’être la responsable du projet qui coule, d’avoir moi-même percé la coque d’un navire qui tenait pourtant si bien les flots avec mon cancer et mes chimios. Beaucoup m’ont dit que je n’y étais pour rien mais comment ne pas s’auto-flageller en telle situation ?

Bricolo a tenu bon lui aussi, n’a pas perdu la foi en notre projet, continuer les dessins, continuer d’espérer et sa maison de visualiser, même si au fur et à mesure les espoirs s’amenuisaient, quand même l’énergique courtier s’est avoué dans une impasse, quand on m’a expliqué de manière aberrante qu’avec le Sida ça aurait été plus simple ou quand l’administratif a failli nous perdre. Pour confidence, je crois que ça a été une manière inconsciente pour lui de moins penser à ma maladie et c’est très bien ainsi.

Après des mois de lutte contre le cancer et pour ce projet, nous avons vu une lumière, petite d’abord comme le bout d’un tunnel puis plus grande enfin. Le bouche à oreille, l’ami d’un cousin, un banquier un peu plus humain, enfin un geste, un sourire, une main, on nous a fait confiance et validé mon assurance, dégotée dans un petit coin, loin de mon chez moi, ailleurs en France, elle aussi sortie d’une discussion autour d’un Saint Emilion.

L’oasis, en plein désert.

L’orée du bois sombre.

Une signature griffonée avec un poids sans commune mesure, pas d’explosions de joie (la prudence mes amis, la prudence) mais des regards entendus d’être, enfin, arrivés à destination voulue.

Tenir bon dans la tourmente.

Toujours.

Dans notre tempête, on aura appris à rester droit dans nos bottes, à mesurer notre chance tout en remerciant notre ténacité. Désormais, je peux accompagner toutes personnes désireuses d’un tel rêve, les encourager, parce que je sais que c’est possible, je crois en un cercle vertueux et à la loi de l’attractivité.

On ne peut choisir ce qui nous arrive, mais on peut choisir notre manière de le vivre.

Ne lâchez rien.

Croyez en vos projets, en vos idées.

Croyez en vous, vous pouvez y arriver.

« Pourquoi tu cours ? » w/ NoLiJu

Samedi. 5h30. Le réveil sonne. Si un article de chronobiologie n’avait pas un jour croisé ma route, j’aurais juré avoir fait une erreur en réglant mon téléphone la veille et je reprendrais doucement le chemin des bras de Morphée en collant mon front contre le dos endormi à mes côtés. Oui mais non, il est l’heure, « mon » heure, je suis un peu earlybird, comme quelques autres. A cette heure très matinale, dans le weekend contre-la-montre qui s’annonce, il est un défi qui se profile : partir courir.

 

Debout.

Café-étirements. Bandes fluos.

Il fait encore nuit, le long du canal, aucun lampadaire, seulement ma frontale.

Je suis seule, mes muscles tirent et se réchauffent, un nuage de buée se forme devant moi.

Mes pensées s’animent doucement, les problèmes d’hier s’éclaircissent en même temps que le soleil se lève, les choses de la vie me semblent plus fluides, plus harmonieuses, plus connectées.

Cet instant m’appartient.

 

Ado, la course à pied et moi, on se côtoyait déjà, certains matins à accompagner mon marathonien de Papa et en septembre quand le coach voulait nous réveiller à la rentrée, avant la reprise des longueurs en bassin. On s’est perdues de vue pendant quelques années pour renouer doucement, elle m’a aidé à reprendre confiance en moi dans une période d’ego plombé, à combler l’ennui de mes premières soirées en solitaire dans la ville rose, puis s’est intégrée doucement à ma routine de vie.

De cette relation libre et sans contrainte naquit une ambition, celle de terminer un marathon.

Comme un signe, la vie qui souvent s’amuse, m’offrit son approbation. Mon premier numéro dossard fût ma date de naissance. Tout un symbole.

 

Depuis, la course à pied (pardon mais j’aime moins le terme running, anglicisme qui me semble davantage associé à un effet de mode contemporain alors que des shorts gris courent sur les trottoirs depuis des décennies) s’est inscrite en moi, dans mon quotidien, a remplacé la natation mais dans sa continuité me pousse à dépasser mes limites, me permet d’être rigoureuse, de mieux apprivoiser mes sensations.

 

Telle une addiction, elle est une raison suffisante pour patauger dans la boue, les jambes nues, en plein mois de décembre (et avec le sourire !) autour d’un stade perdu dans l’Ariège pour un cross régional (la réalité de la FFA est bien loin de l’image dorée des courses populaires des grandes villes qui pullulent sur les réseaux sociaux !). Elle est une raison suffisante pour se satisfaire d’un tee-shirt en coton offert lors d’un semi dans les champs au fin fond de la campagne gersoise.

 

Alors souvent on me demande : « Pourquoi tu cours ? »

 

Et je crois que je peux tenter une ébauche de réponse.

 

Courir est un balancelle.

 

Ce n’est pas pour le plaisir, du moins pas seulement.

Ce n’est pas pour la compétition, du moins pas complètement.

Courir me permet d’aller un peu plus loin.

Courir me permet de maintenir mon équilibre si précaire, quelque soit mon état de forme.

 

Ainsi, malgré mes traitements, malgré les jours de chimio et la fatigue conséquente, j’ai continué mes sorties, tout comme mes kilomètres de vélo ou de natation. C’était me maintenir en vie, me prouver que c’était possible, que rien ne changeait alors que tout se transformait.

 

Courir était une façon de garder le contrôle comme de lâcher prise. Une douce ambivalence. Une prise de risque dans une situation connue, balisée, abordée en sérénité des centaines de fois auparavant. Il a cependant fallu trouver le bon rythme, car dans le doux déni qui m’envahissait, j’avais vite fait de ne pas écouter mon corps et d’y mettre trop d’intensité, jusqu’à l’épuisement (et à devenir ronchon puis dormir pendant 48h ensuite !).

 

Courir m’a aussi permis de rencontrer des gens formidables et bienveillants au sein du CA Balma, un coach ô combien humain, motivant et investi, de rejoindre un groupe aux profils divers, de tout âge, de rester motivée et inspirée (avoir des champions vétérans à tes côtés à l’entrainement, ça t’aide à construire des rêves tout en gardant la tête sur les épaules).

 

Courir c’est aussi sentir le poum-poum-poum des pas comme mon cœur qui bat, sentir ma respiration s’accélérer, mes jambes picoter. Habiter mon corps aussi. Et développer ses capacités.

Nous avons tous ce truc dans nos vies, cette sensation d’être au bon endroit au bon moment, bien dans son enveloppe. Je crois qu’il s’agit de faire en sorte de provoquer ces instants là.

Dans mon cas, il y a les entrainements, les séances de yoga aussi (j’en reparlerai) et puis la ligne d’arrivée du marathon. Que ce soit Lyon, Annecy ou Toulouse, toutes ont été belles à leur façon, que ce soit pour le chemin parcouru ou le chrono.

 

Désormais, je cours pour cette ligne. Pour la revoir et la revivre aussi transcendante qu’à l’automne de l’année passée.

 

 

Je porte le tee-shirt Arno Noliju.

Puisque le sport est toujours présent dans mes journées, j’ai souhaité vous faire découvrir la marque française Noliju qui propose des vêtements simples et polyvalents, conçus en France et fabriqués en Europe, pour tout moment de la journée, pour une sortie course, une séance de yoga, un trajet en vélo ou simplement sa journée traditionnelle.

 

Pour vous remercier de me lire encore tout en étant chaque jour un peu plus nombreux, j’ai un petit cadeau : vous pouvez bénéficier d’une remise de 10% avec le code AURELIE10.

 

Je vous embrasse, portez vous bien,

Non-sens.

Le cancer n’a rien d’extraordinaire.

Vous connaissez tous quelqu’un. Vous. Un frère, une sœur. Un père, une grand-mère. Une cousine, un voisin, le petit-fils de Mme Machin. Autant se le dire d’emblée, la plupart d’entre nous y sera confrontée. C’est le mal du siècle. On peut y chercher un sens, une cause, des conséquences, de nos modes de vie, de la pollution, de nos excès, de notre perte d’équilibre, ça n’enlèvera pas moins qu’il faudra le vivre. Plus ou moins vite, plus ou moins intensément. Par procuration ou avec ses tripes.

Qui dit tripes, dit souffrance, viscérale, celle du corps. Ce corps qui envoie chier la tête dans ses envies, fait perdre le contrôle, emmerde le cérébral et les bons conseils des autres.

On peut chercher à donner un sens à la souffrance. Vouloir la sublimer, comme finalement, ce que j’ai cherché à faire avec cette espace d’écriture et de publication. Mais à la réflexion, je crois qu’il ne faut pas se tromper, j’ai écrit ici pour partager mon vécu de la maladie et la notion de résilience. Pour que cette expérience globale ait un sens. Mais pas la souffrance. Elle non. Elle, n’a pas de sens, elle est, et c’est tout. Elle est abstraite, impalpable, diffuse, impossible à objectiver, aussi polymorphe qu’il y a d’âmes sur terre, de secondes dans une heure et des échelles numériques ne représenteront jamais rien.

Les mots sont difficiles à choisir quand il s’agit l’aborder. On parle de combat, de lutte, d’échec ou de victoire, la religion y voit un sacerdoce, une pénitence, une dette du présent ou de nos vies antérieures, le moralisateur un « c’est bien fait pour ta gueule », la Sécurité Sociale un chiffre, le silencieux encaisse, le sportif refuse d’abandonner, l’artiste veut la peindre pour mieux l’apprivoiser, et l’enfant… que dire de ces si courageux petits ? Les petits bouts sont au dessus de nous, ils ne cherchent pas comme les grands à intellectualiser à outrance, à analyser, ils vivent ce qui est, de manière plus pure et détachée. Nous avons beaucoup à apprendre d’eux.

Vouloir y donner un sens est une agitation vaine, une perte d’énergie considérable. C’est injuste pour tout le monde, ce n’est juste pour personne. Le fumeur n’a pas plus mérité son cancer qu’un autre.

Je me tue à tout tourner dans ma tête depuis des mois pour en arriver à la conclusion suivante : il n’y a en fait rien à comprendre. Les choses sont, et c’est tout.

Ce cancer a fait partie de ma vie, de manière banale, comme il a pris ses quartiers dans d’autres corps que le mien, comme j’ai eu une angine un jour ou une baisse de moral un autre. C’est un moment chiant, une tempête plus ou moins violente qui envoie valdinguer la bicoque, mais un jour, les vagues s’apaisent, on s’adapte, on accepte, et enfin on peut passer à autre chose.

Je vous dévoile là l’un de mes mantras : cela aussi passera.