Silence, ça (re)pousse.

Et vous prendre un peu la tête (mahah). Au rythme d’une valse à trois temps.

Première partie.

Emmanuelle Colin, source Pinterest

Ceux que j’ai contacté reconnaîtront le sujet, je les remercie d’avance pour leur indulgence et leur réassurance face à mes remues-méninges perpetuels.

Mes cheveux repoussent. Pour être tout à fait honnête, ça fait déjà quelque temps que je n’ai plus le crâne approximatif. Néanmoins en terme de repousse, on reste sur quelque chose d’assez aléatoire. Brouillon, inabouti, tel le dessin d’un enfant de 4 ans et demi. Après l’épisode poivre-et-sel et la phanère crépue, je vis actuellement une sorte de désordre capillaire : frisé et épais dessus, souple sur les côtés, le tout dans deux teintes plus sombres que mes cheveux d’avant. Ah, le cheveu d’avant… Tout le problème est là. Oui toi, l’idéal, que j’avais tant aimé détester pourtant.

Ce qui me frise sur le sommet actuellement me pose une question bien plus profonde je crois : du « que veux-tu faire de ta tignasse » qui devient « quelle image post-merdier choisis-tu de renvoyer désormais ? » Oui parce qu’on rigole, on rigole, mais ces petits centimètres, si futiles, si anodins, si trois-fois-rien, je le répète sont vraiment des marqueurs de notre identité. Que le dredeux ou le rouquin me jette la première pierre si je me trompe ! Les autres les voient vite, ils participent à nous définir, renvoient forcément une notion, une idée, une histoire ou une appartenance. Alors bien sûr, notre personnalité ne se résume pas à ces centimètres là, mais en attendant, la fille aux cheveux courts que je suis devenue ne sait plus, si elle veut les voir repousser ou les garder comme ça. Les colorer ou attendre. Les transformer ou les assumer. Elle pèse le pour et le contre à aller chez le coiffeur à chaque fois qu’elle croise le reflet de la dame dans le miroir (oui je ne me suis toujours pas habituée).

J’épluche internet, pinterest, youtube et les vidéos de « journal de pousse », je bade mes mèches d’océan, j’essaye des foulards, bonnets, pinces, noeuds, tanne mon homme pour qu’il me mette du gel dans les cheveux. Je rêve de les raser un jour, de mettre des extensions le lendemain, en traditionnelle girouette, je les veux blonds, acajous puis bruns. Avec des boucles d’oreilles, je suis la mère à Manu, en débardeur, je me sens transgenre, et en tenue de sport, on me questionne sur mon orientation sexuelle. Quel monde de cases, enkysté dans ses clichés… Je fais des stats de ce que me disent les autres, je me pose la question 20 fois par jour. Je les tripote, les soulève, la raplaplatisent mais jamais ne les laisse tranquille.

Finalement, c’est assez symbolique de l’après-cancer cette histoire de cheveux. Qui je suis, je ne le sais plus. C’est comme s’il s’agissait de choisir d’être devenue un peu une autre personne, transformée par le combo maladie-combat ou vouloir absolument redevenir celle d’avant pour oublier, faire oublier et passer à autre chose. On peut aussi se dire que ça va repousser sans effacer… ?

Ce qu’en disent ces adorables autres, n’est qu’un avis, je le sais bien. C’est au fond de soi que cela se joue et pour le moment c’est tout flou.

 

Deuxième partie.

Une après-midi. Une terrasse. Du soleil. Et l’émission en podcast d’Ali Rebeihi. Grand Bien vous fasse. Un thème : « quand nos coiffures racontent ce que nous sommes ».

Là. Pas plus. Ou comment légitimer ma réflexion. Je choisis donc de vous transcrire quelques moments choisis parce que ça m’a fait du bien, Grand Bien, je dirais même, cette discussion. Je passe et repasse donc ce sujet au peigne fin (mahah bis).

Le temps d’un tour chez le libraire pour toucher du doigt Un etnologue chez le coiffeur de Michel Massu et Afro de Rokhaya Diallo. Et de découvrir le film, Le mari de la coiffeuse avec Jean Rochefort.

Je découvre ainsi à quel point la coiffure est un vrai sujet, un symbole de qui nous sommes, de notre place culturelle et sociétale, bien sûr c’est différent, que l’on soit afro, latino ou de la haute, j’apprends comme elle permet de classer les gens, distinguer des appartenances, qu’elle est sujet de conflit, un choix politique même parfois, une manière de revendiquer une conviction ou de transmettre un message. Le cheveu long lui, est associé à la séduction, la féminité, la fécondité. Je le remarque aussi comme ce cheveu court semble passer un message de « volonté de ne pas être approchée », comme le dit Rokhaya Diallo. Moi aussi, je trouve que le regard des hommes flatte moins mon ego. Quelle importance me dira t-on ? Tant que tu plais au tien, le reste n’est rien. Ce n’est pas faux, mais cet ego si carencé par les chimios ne serait pas contre quelques secondes mégalo.

Enfin, sur internet, un article de l’Express où je lis également ce passage retranscris de la Bible, accrochez vous, c’est fantastique :

Dans le chapitre 11 de la Première Épitre aux Corinthiens, un livre du Nouveau Testament, l’apôtre Paul écrivait: « Toute femme qui prie ou prophétise tête nue fait affront à son chef; car c’est exactement comme si elle était rasée. Si la femme ne porte pas de voile, qu’elle se fasse tondre! Or, s’il est honteux pour une femme d’avoir les cheveux coupés ou d’être rasée, qu’elle se voile. L’homme ne doit pas se couvrir la tête, puisqu’il est l’image et la gloire de Dieu, tandis que la femme est la gloire de l’homme. En effet, l’homme n’a pas été tiré de la femme, mais la femme a été tirée de l’homme […] C’est pourquoi la femme doit avoir sur la tête une marque de l’autorité dont elle dépend. » 

Chouette non ?

« Honteux »… Le terme est fort. Mais on comprend mieux comme la tonte fût une manière de rendre honteuses certaines femmes pendant la Seconde Guerre Mondiale ou les prostituées d’autres époques. Si le crâne de la femme apparent est synonyme de honte dans notre culture marquée par l’apport chrétien, peut-être est-ce inconsciemment juste à cause de cela qu’il est difficile pour les femmes de vivre avec le cancer aujourd’hui ?

 

Source Pinterest

 

Troisième partie.

Donc, ça ma piqué et je suis allée « me faire une tête » chez ma douce coiffeuse. Celle qui devient psychologue le temps de quelques coups de ciseaux. Celle qui a su avoir les mots, celle qui a suivi mon parcours, une femme ou plutôt deux qui sans trop le savoir m’ont vraiment soutenu. Oui, elles furent thérapeutes, m’ont permis de marquer cet évènement important de ma vie, de m’accoutumer et au fil des passages chez elles, m’ont aider à mieux apprivoiser ce moi d’aujourd’hui.

Alors du coup ?

Alors qu’est ce que j’ai fait ?

Alors j’ai choisi d’emmerder la honte et j’ai rasé.

Aurélie.

 

2 réflexions au sujet de “Silence, ça (re)pousse.”

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