Non-sens.

Le cancer n’a rien d’extraordinaire.

Vous connaissez tous quelqu’un. Vous. Un frère, une sœur. Un père, une grand-mère. Une cousine, un voisin, le petit-fils de Mme Machin. Autant se le dire d’emblée, la plupart d’entre nous y sera confrontée. C’est le mal du siècle. On peut y chercher un sens, une cause, des conséquences, de nos modes de vie, de la pollution, de nos excès, de notre perte d’équilibre, ça n’enlèvera pas moins qu’il faudra le vivre. Plus ou moins vite, plus ou moins intensément. Par procuration ou avec ses tripes.

Qui dit tripes, dit souffrance, viscérale, celle du corps. Ce corps qui envoie chier la tête dans ses envies, fait perdre le contrôle, emmerde le cérébral et les bons conseils des autres.

On peut chercher à donner un sens à la souffrance. Vouloir la sublimer, comme finalement, ce que j’ai cherché à faire avec cette espace d’écriture et de publication. Mais à la réflexion, je crois qu’il ne faut pas se tromper, j’ai écrit ici pour partager mon vécu de la maladie et la notion de résilience. Pour que cette expérience globale ait un sens. Mais pas la souffrance. Elle non. Elle, n’a pas de sens, elle est, et c’est tout. Elle est abstraite, impalpable, diffuse, impossible à objectiver, aussi polymorphe qu’il y a d’âmes sur terre, de secondes dans une heure et des échelles numériques ne représenteront jamais rien.

Les mots sont difficiles à choisir quand il s’agit l’aborder. On parle de combat, de lutte, d’échec ou de victoire, la religion y voit un sacerdoce, une pénitence, une dette du présent ou de nos vies antérieures, le moralisateur un « c’est bien fait pour ta gueule », la Sécurité Sociale un chiffre, le silencieux encaisse, le sportif refuse d’abandonner, l’artiste veut la peindre pour mieux l’apprivoiser, et l’enfant… que dire de ces si courageux petits ? Les petits bouts sont au dessus de nous, ils ne cherchent pas comme les grands à intellectualiser à outrance, à analyser, ils vivent ce qui est, de manière plus pure et détachée. Nous avons beaucoup à apprendre d’eux.

Vouloir y donner un sens est une agitation vaine, une perte d’énergie considérable. C’est injuste pour tout le monde, ce n’est juste pour personne. Le fumeur n’a pas plus mérité son cancer qu’un autre.

Je me tue à tout tourner dans ma tête depuis des mois pour en arriver à la conclusion suivante : il n’y a en fait rien à comprendre. Les choses sont, et c’est tout.

Ce cancer a fait partie de ma vie, de manière banale, comme il a pris ses quartiers dans d’autres corps que le mien, comme j’ai eu une angine un jour ou une baisse de moral un autre. C’est un moment chiant, une tempête plus ou moins violente qui envoie valdinguer la bicoque, mais un jour, les vagues s’apaisent, on s’adapte, on accepte, et enfin on peut passer à autre chose.

Je vous dévoile là l’un de mes mantras : cela aussi passera.

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