L’art de ne rien faire

Lin Yutang – « Si vous pouvez passer un après-midi parfaitement oisif de manière parfaitement oisive, vous avez appris comment vivre. »



Comme il est difficile d’être contraint de s’arrêter…
Après quelques semaines à la maison pour une raison de santé toute autre que celle qui touche notre société aujourd’hui, je ne peux que le constater de nouveau. Notre rythme est tellement effréné en temps normal… Et si comme moi, vous avez une tendance à l’hyperactivité, aux projets incessants, au mouvement physique ou mental permanent, vous ressentez peut-être aussi comme cela nous confronte à un vide, parfois angoissant, dès lors qu’il nous faut nous stopper.

Le mouvement colibri ou décroissant nous invite à ralentir depuis longtemps pourtant. La méditation, la sagesse bouddhiste également. C’est vers ces courants, cette spiritualité que je me suis tournée il y a quelques années, pour y voir plus clair et mieux comprendre ce qui se passait un moi dans ces moments-là. Ca m’a aidé.

Aujourd’hui, il n’est même plus question d’un ralentissement, il s’agit de tout arrêter puisqu’on nous demande de rester à la maison quelques semaines. Au maximum chez soi. Dans son espace clos.

Avec au départ, un soulagement type « premiers jours de vacances » et chute de tension, peut-être accompagné une première grasse matinée, puis plus ou moins vite un sentiment de tourner en rond. Les émotions surgissent, de nulle part, on est stressés, agacés, on gesticule de plus en plus fort alors qu’on est pieds et poings liés. Ces émotions, je crois qu’il s’agit de les accepter, d’accepter qu’elles nous envahissent un temps, d’être en colère, d’avoir peur, d’être triste, de les regarder en face, d’essayer d’identifier ce qui se passe en nous, de mettre des mots, d’essayer de le dire, de l’écrire ou de le partager autrement. Car tout ce qui se passe est ensuite porteur de dialogue ou de création. 

La situation nous invite à devenir de meilleures versions de nous-mêmes, j’en suis convaincue. Personnellement, ces pauses forcées me permettent toujours de me connaître moi-même un peu plus. Comme chaque fois que nous sommes, nous humains, dans la merde, dans la mélasse, nous avons la possibilité d’en faire quelque chose, de sublimer ou d’éclore. En nous reliant à notre créativité, en choisissant de lire, de nous instruire, en prenant le temps de nous connecter à nos essentiels, de nous questionner sur ce qui l’ait réellement, à faire du tri, de la place… On peut sortir grandi. 

En réalité, on nous demande juste de devenir nos chats.


Quelques idées de choses à faire ou mes habitudes qui me permettent de garder le cap quand je suis contrainte de rester chez moi… 

  • garder ma routine

Chez moi, cela signifie : me lever à peu près comme le soleil, rester fidèles à mes rituels ayurvédiques (je peux vous en dire plus dans un autre article si cela vous intéresse) et faire un peu de yoga avant de prendre mon café. Ca semble surement monacal mais après avoir testé de nombreuses routines piochées ici et là, type recettes de cuisine appliquées de manière strictes d’abord puis à ma sauce ensuite, j’ai réussi à fignoler la mienne, qui m’aide à démarrer du bon pied. 

  • lire ma pile à lire (qui grandissait de jour en jour, je pense que la photo se suffit à elle même !)

  • appeler les gens que j’aime (mais genre longtemps)
  • faire des crêpes

Meilleur anxiolytique du monde. Je vous file ma recette. Bisou.

100g amidon de mais, 200g de farine de blé, 1/2 sachet de levure ou 1cac de bicarbonate de soude, tu touilles, 2 cas de sucre si tu n’envisages pas de mettre des trucs sucrés dedans, 4 oeufs (de mes poulettes c’est trop cool parce que leurs jaunes sont orangés et donne une couleur de ouf à la préparation), tu re-touilles et 750ml de lait (végétal ou non, au choix) petit à petit. Tu laisses reposer 1h minimum. Tu ajoutes 2 petits bouchons de Cointreau parce que toi même tu sais. Et voilà.

  • faire du yoga

J’ai rejoins la communauté de YogaConnect en m’abonnant et trouver toujorus de l’inspiration pour créer mes cours (et de pratiquer simplement aussi, on continue toujours d’apprendre). J’envisage d’ailleurs de publier deux vidéos pour mes élèves, dont une séance pour les coureurs, si cela vous intéresse, faites le moi savoir en commentaire 😉

  • courir et pédaler

Bon là, on est d’accord ça coince un peu. A moins que vous ne soyez équiper d’un home trainer ou que vous viviez près d’un coin nature, vide de tout humain ou presque. En tout cas, pas de prise de risque on le rappelle, les urg ont assez de taff comme ça.

Mais réfléchir au fonctionnement d’une prépa ou faire du renforcement, ça marche aussi 😉 

  • changer ma déco, rempoter les plantes en mal d’affection, peindre avec des fonds de pots de peinture des cadres, des meubles ou des chaises, bref transformer sa maison en refuge d’Elmer.
  • faire du tri, ranger des papiers… Champions de la procrastination, le moment est venu d’être à jour !
  • le tour des internets

– pour nos côtés créatifs, les vidéos d’Elise Francisse que vous pouvez aussi retrouver en live pour un café à 09h tous les matins sur son compte instagram. Depuis mon agenda ressemble à celui d’un étudiant des Beaux Arts en moins joli surement mais c’est pas grave ! (Si j’oublie un de vos anniversaires, c’est qu’il est caché sous du masking tape et j’en serais désolée)

– les vidéos de Coline, parce que cette meuf est très drôle, et depuis une éternité.

– relire les articles de Charline et son quotidien d’IDE libérale.

– m’enrichir des savoirs partagés par Clémentine sur son blog consacré au yoga (3heures48minutes)

– feuilleter le livre Batchcooking, mode d’emploi de Miss Blemish qui est d’utilité publique actuellement finalement 😉

NB : je ne suis rémunérée par personne, n’est pas de partenariat, je vous partage juste comme ça 😉 


« Cela aussi passera »

Courage à vous mais gardons confiance, ce n’est qu’une question de temps, et bientôt ce sera derrière nous.

N’hésitez pas à me faire vos retours, si cet article vous a plu, qu’on se soutienne dans ces moments particuliers et à partager vos petites occupations. Prenez bien soin de vous.

Les signes

Je les vois les signes depuis que nous avons été ensemble, ceux toujours là pourtant.

Mon cerveau brume des mauvais jours m’empêche de les voir souvent.
Aujourd’hui, c’est limpide.
L’eau claire après que les éléments se soient déposés, au fond, doucement.

Il y a des mots, des personnes, des rencontres.
Des changements, des musiques.
Une manière de laisser la danse monter en soi qui ne trompe pas, une fluidité qui ne ment pas.

Il y a ces doux instants de bon endroit au bon moment.

Il y a des mots, des paroles, des liens qui se font comme d’autres se défont.
Et c’est ainsi.
Et c’est accepté, parce qu’enfin acceptable.

Il y a ces signes, qui montrent la voie, l’ouvre, parfois grand comme ça. Proposition plus qu’obligation. Evidence plus que quête de sens. Accueillir la vie simple est si difficile pourtant, accepter que le mental-défi vibre au rythme de l’évidence-cœur. C’est simple quand c’est évident, comme tout ensuite s’articule. Il n’y a plus de lutte, plus de passage en force, plus de portes closes, les choses ne s’effondrent pas, ne bougent pas beaucoup, pivotent à peine, mais si logiques deviennent.

Laisse le temps.

Ne cherche plus.
Ne remue plus.
Observe.

Tu ne couleras plus.
Tu ne te débattras plus.
Attends

Les pendules à l’heure – SAINTELYON 2019

Marina Abramovic – « On ne doit pas se contenter de peu. Le peu, c’est pour après, quand on est morts. Quand on est vivants, il faut tout faire très fort. »

 

C’est bercée par ces mots, relatés par Claudie Gallay dans son joli dernier livre « La Beauté des jours » que je pris le départ, dans la nuit, au milieu de 7000 autres névrosés, frontale allumée et baskets aux pieds.

Le traditionnel rendez-vous de Décembre.

Des semaines que je l’avais en tête sans savoir s’il fallait officiellement que je me lance. Et puis, encore une fois, j’ai craqué. En psychiatrie, on parle de passage à l’acte. En deux clics, j’étais inscrite.

– Tu fais chier Internet, qu’on se le dise, d’avoir rendu certaines choses aussi faciles…

La SaintéLyon.

De nouveau, oui.

C’était si beau l’an passé… Ce sentiment d’accomplissement à la ligne d’arrivée me porte encore. C’est dans l’idée d’un moment méditatif intense, d’une nuit rien qu’à moi, pour faire le point, me vider la tête et laisser aller mes jambes que je me suis convaincue d’y retourner.  Une course sans goût de revanche, cette fois, juste pour participer à un mouvement commun, pour la beauté des loupiotes dans la nuit, pour n’entendre que des souffles dans le silence des monts du lyonnais (interrompu par des « Michel ? » synonymes de partenaires perdus) et rien d’autre. Pour l’histoire commune avec mon semblable que seules savent créer les courses difficiles.

Sauf qu’évidemment rien ne s’est passé comme je me l’imaginais.

– « Il était une fois mais pas deux ! »

Décryptage.

D’abord, la banalisation des faits.

– Instagram, tu fais chier aussi, d’ailleurs, parce qu’à en voir d’autres s’aligner sur la course que je portais si cher dans mon coeur depuis l’an passé, ben j’y ai cru, moi, tu m’as inspirée, motivée, relancée. Alors qu’entre nous, on peut se l’avouer, je n’étais peut-être pas correctement préparée.

– Tu entends Petit Corps ? Faute avouée à moitié pardonnée ? Hein, dis, tu m’aimes encore ?

Ensuite, la transformation en épopée.

Les meilleurs supporters de la Terre ont répondu présents, évidemment, même si à l’annonce de mon dossard, l’enthousiasme fût d’emblée attaqué par les souvenirs de la nuit pluvieuse et glaciale de 2018.

– Tu es sûre ? Parce que j’ai passé le pire moment de ma vie, moi, l’année dernière…, dira l’homme, un soir de doute.

Dieu soit loué, ils sont à jamais plein de ressources et la désormais célèbre raclette nomade du Parc des Expos de Saint-Etienne suffit à revigorer les troupes.

Après avoir quitter le hangar de pré-course, digne d’une déclaration de guerre, à l’ambiance si étrange, où des coureurs dorment à même le sol dans des duvets ou couvertures de survie déjà déballées, Valentin et moi rejoignons la foule qui s’empressent déjà. Nous voici au milieu du peloton, à attendre notre tour, avant de nous élancer dans la troisième vague. Cette attente fût en réalité le plus joli moment de la course ! Derrière la ligne de départ, il y avait des sourires, des rires, des lumières qui clignotent, les manteaux oranges de nos suppporters (qui leur vaut à chaque fois d’être pris tout au long de la nuit pour des organisateurs) (du coup ils rentrent avec des pullovers des années 90, des bouteilles vides, des emballages, des mouchoirs, et surtout des connaissances intimes des problèmes intestinaux de chacun, ils sont ravis !), puis un début de tension interne, la voix du speaker, les notes de U2… Et puis, notre tour… Cet instant d’entre-deux eaux, tu prends la vague, c’est la tienne, et c’est maintenant.

Il était minuit.

– J’aurais pu jouer les Cendrillon mais vous connaissez mes rêves de petite fille, c’était plutôt team Mulan par ici.

On s’élance en solo, chacun de notre côté, d’emblée trop vite bien sûr. La suite, c’est donc l’hyperthermie qui toque, et m’oblige à m’arrêter pour enlever une couche. Choix dommageable quelques minutes plus tard puisque la pluie glacée démarre ensuite et me fait regretter cette décision pourtant nécessaire, pluie qui par ailleurs décidera de ne plus jamais s’arrêter.

Un premier ravitaillement à remettre un pantalon de pluie déjà trempé de sueur, et paf la fermeture éclair, on adore, ma soeur sacrifie son élastique de cheveux et ni vu ni connu, je repars le coeur réchauffé par leurs encouragements. Le hasard fait bien les choses, je retrouve Valentin, nous affrontons Sainte-Catherine ensemble avec de la boue, de la boue, encore de la boue, partout, partout et des torrents de gadoue, mon appareil digestif fait des siennes, et c’est le drame. Une belle glissade au 35ème. Ce qui me semble de prime abord n’être qu’une frayeur, devient en quelques pas beaucoup plus sérieux que cela, il y a une pointe inquiétante dans la hanche qui m’annonce une suite encore plus difficile, on ressent si vite ces choses-là, quand ce n’est pas une simple excuse qu’on s’accorde pour ne pas continuer de se donner, ma confiance s’échappe du coup un peu, mes appuis deviennent moins sûrs, lever le genou est un supplice, ma cheville se tort, souvent, sans que rien ne parte en vrac, concrètement, ma hanche me lance, mon corps est entré en lutte. L’hypothermie réactionnelle à l’arrêt au deuxième ravitaillement me pétrifie, mes vêtements sont trempés d’eau glacée, la pluie tombe encore et encore, et celui qui manquait, le brouillard s’invite à la partie, il y a des portions tellement inondées que l’eau nous arrive mi-mollet…

Bref, des conditions tropicales, vous l’aurez compris, et le fameux « putain mais pourquoi ??! » me trotte dans la tête. Mais ce que je retiens surtout c’est ce moment de fragilité, mon optimisme qui s’envole, comme cela m’arrive rarement, depuis cette pseudo-chute aux alentours des trentièmes kilomètres, et le voile qui s’installe sur mon regard en envisageant les quarante suivants… Je me dis que ça va être dur, mais qu’on va y aller, que je ne lâcherai pas, ni mon corps, ni Valentin. Il fût un temps où je disais qu’abandonner une course serait ma plus belle victoire. J’ai compris dans cette nuit noire, que ce ne serait jamais une option. Je ne suis pas la plus affûtée, la mieux équipée, je ne me nourrit pas comme il le faudrait , je ne fais pas assez de fractionnés… Mais je suis de ceux qui poursuivront, coûte que coûte. Désormais j’en suis sûre, mon mental sera toujours capable de m’accompagner là où mon coeur souhaite aller.

Alors, malgré tout, on a continué sur notre lancée, je revois avec beaucoup de tendresse finalement, Valentin qui s’endort en courant, ses hallucinations, ses Haribos, les montées à reculons, Mon Dieu comme ce fût long, les blagues de notre staff technique, les sandwich Tuc-chocolat noir de quand rien ne va plus, les frontales qui s’éteignent, le jour qui se lève, puis les vingt (affreux et interminables) petits derniers… A se répéter « on va y arriver, si je te jure, c’est la merde mais on va y arriver » en regardant, impuissants, beaucoup de vagues de participants nous doubler…

Enfin l’arche d’arrivée, libératrice avec mes grosses larmes de bébé.

Bilan et moralité ? Dans la vie parfois, il vaut mieux se laisser tomber.

11h de course… Une déception, bien sûr, celle de ne pas avoir accompli l’espéré mais une belle leçon de persévérance encore, de solidarité (merci à toi Valentin <3), d’amour pour ceux qui me soutiennent sans condition (merci encore vous savez tout <3) et beaucoup de choses à analyser. Côté santé, quand même, un bon claquage musculaire côté insertion du psoas, quadri et moyen fessier. Aaah… C’était donc ça…

Est ce qu’un jour je reviendrai sur ces chemins ? Oui. Mais pas tout de suite. La digestion sera longue. La rééducation aussi, qu’elle soit physique ou au plaisir de courir. Cette pause sera salvatrice. Je le sens, je le sais.

Dernière note à moi-même : On ne tire pas la langue à cette course. La SAINTELYON est une grande dame qui se respecte… Mais depuis mon esprit se tarabiscote et je me perds un peu dans les proverbes… Certes ce qui ne te tue pas te rend plus fort et blablabla mais bon, je crois que les ex- finalement, c’est bien AUSSI de les laisser dans les souvenirs… A moins qu’on ne se dise, jamais deux sans trois ? 😉